Explosif et fédérateur, le trio rock toulousain MADAM a pris la place qui lui revenait sur la scène rock française, sans attendre qu’on la lui donne. Après plusieurs années à enflammer les salles et les festivals, Gabbie, Marine et Anaïs ont sorti le 12 avril 2024 leur premier album : Thanks for the Noise.
Nous avons rencontré Gabbie, chanteuse et guitariste du groupe au Café Ginette à Toulouse, en février dernier.
AAS : Bonjour Gabbie. Pour celles et ceux qui ne vous connaissent pas, c’est qui MADAM ?
GABBIE : MADAM c’est un groupe de rock. Si on devait se définir, on dirait qu’on fait du rock « bagarre content ». On aime l’énergie quand les gens dansent et pogotent. Ce qui ressort de nos concerts, c’est qu’on passe un bon moment et que ça se voit. On fait de la musique pour partager quelque chose avec des gens qu’on ne connaît pas, pour vivre une expérience ensemble.
AAS : Qu’est-ce qui vous a donné envie de créer MADAM ?
GABBIE : Quand j’ai quitté mon ancien groupe en 2017, je suis repartie de zéro. J’avais envie de monter un groupe avec des meufs parce que je n’avais jamais joué avec des musiciennes. De bouche à oreille, je suis tombée sur Marine et Anaïs. On a eu de la chance parce qu’aujourd’hui ce sont mes meilleures potes. On est tout le temps fourrées ensemble… Voilà comment tout a commencé !
AAS : Votre premier album Thanks for the noise est sorti en avril dernier. Qu’est-ce qu’il raconte ?
GABBIE : On écrit nos morceaux en fonction de ce qu’on vit, et l’album a été composé sur une longue période. Il y a des morceaux qui existent depuis le début du groupe. C’est vraiment un assemblement de tout ce qui nous est arrivé de près ou de loin : des trucs marrants, des anecdotes, des déceptions, des rencontres… On a choisi de mettre La Meute en premier, parce que c’était important pour nous d’adresser ce message directement aux gens qui nous suivent depuis le début. Sans leur soutien, on ne serait pas là où on en est aujourd’hui. On voulait les remercier d’être avec nous… La Meute, c’est eux.

AAS : Justement, comment définirais-tu la Meute de MADAM ? A-t-elle évolué depuis 2018 ?
GABBIE : La chanson est partie d’une rupture. Quand tu te sépares de quelqu’un, que ce soit amicalement ou amoureusement, il arrive que tu te retrouves coupée de tous les gens que vous aviez en commun. J’ai vécu ça et j’ai eu l’impression d’être éjectée d’une meute, alors que je n’avais un problème qu’avec une seule personne. Alors j’ai eu envie qu’on construise notre meute à nous, où tout le monde est le bienvenu. On se met pas du tout en cheffes de meute… Pour nous, c’est plus une grande communauté où règnent la bienveillance et une envie commune de chanter et de danser. D’ailleurs c’est rigolo, il y a une fille, Julie, qui nous suit depuis longtemps qui a créé un groupe de fans sur Facebook qui s’appelle « La Meute des fans de MADAM ». On a trouvé ça trop mignon (rires).
AAS : Maintenant que vous gagnez en reconnaissance, avez-vous peur de perdre l’authenticité de cette meute ?
GABBIE : Pas vraiment. Pour l’instant, on est « épargnées » sur les réseaux sociaux. On a notre petite bulle et les gens qui nous suivent le font parce qu’ils nous aiment. On n’a pas cette vague de haine qu’on voit parfois ailleurs. On a toujours eu un public assez mixte et on n’a jamais cherché à rester dans un univers underground. On aime bien toucher le grand public.
AAS : Tu as évoqué les réseaux sociaux. Peux-tu revenir sur votre post de novembre, où vous dénonciez certains propos misogynes auxquels vous avez été exposées ces dernières années ?
GABBIE : En tant que groupe de meufs, on a forcément été confrontées à des réflexions sexistes, mais on avait l’impression d’être relativement épargnées. En octobre, on a tourné avec Sidilarsen. Incroyable ce groupe, des amours. Ça s’est hyper bien passé ! On a passé vraiment 20 jours ensemble, entassés dans un bus, et aucun soucis. Mais on a constaté la différence de traitement entre eux et nous dans certaines salles. On l’a vu avec nos propres yeux, mais aussi à travers les leurs. Et quand on a vu à quel point eux-mêmes étaient choqués, on s’est dit « ok, il y a un problème » (rires).

AAS : Vous étiez habituées à ce type d’accueil en temps normal ?
GABBIE : Disons qu’on n’avait jamais eu de groupe qui soit allé aussi loin que MADAM, donc on ne s’était jamais frottées à ce genre de situations. Quand tu démarres, tu intègres certaines choses comme la norme. Tu sais que ce n’est pas normal, mais ça ne te choque pas plus que ça. Après cette tournée, on a repensé à tout ce qu’on avait vécu, et on s’est dit que c’était peut-être le moment d’en parler. Le post a beaucoup tourné et ça a résonné chez plein de gens. Pour te dire, quand je l’ai posté je pensais qu’on allait nous dire « non mais ça va elles abusent ». Mais en voyant l’ampleur que ça a pris, on s’est dit : « en fait ce n’est peut-être pas tant ok que ça » (rires) et ça a fait du bien à tout le monde. On a même reçu des messages de femmes qui bossent dans la restauration et dans plein d’autres domaines.
AAS : Pour revenir sur votre musique, le titre de l’album Thanks for the noise est tiré des paroles de The Niki Song. Qui est Niki ?
GABBIE : Niki, c’est une iranienne qui nous a envoyé un message il y a un moment, qui disait : « Salut je suis Niki d’Iran, je suis tombée sur votre musique et vous me faites l’effet d’un orage, il y a cette espèce d’excitation mais en même temps je sais que je ne pourrais jamais vous atteindre. Cheers, Niki from Iran ». J’avais déjà des paroles qui parlaient d’orage, et quand on a reçu son message c’était une évidence : j’ai écrit The Niki Song. Quand on a lui a envoyé la chanson, elle m’a répondu « écoute, si tu me le permets, je vais t’envoyer des vocaux dans ma langue, je sais que tu ne vas pas comprendre, mais j’ai besoin de m’exprimer et les émotions parleront toutes seules ». J’ai reçu trois vocaux où elle me parlait dans une langue que je ne comprenais absolument pas. Et pourtant je comprenais tout. C’était un truc de dingue. Je rêve de pouvoir un jour jouer cette chanson devant elle. Peu après, la révolution des femmes a éclaté en Iran, et d’un coup la chanson a pris tout un autre sens. Ça n’était plus une fille cherchant à atteindre un groupe inaccessible, mais une femme témoin d’une explosion sociale et politique. On a extrait la phrase Thanks for the noise pour remercier les gens de faire du bruit avec nous. J’adore ce titre d’album.
AAS : Et nous, on vous remercie aussi pour le bruit ! C’est quoi la suite pour MADAM ?
GABBIE : On s’est remises à composer doucement, mais on tourne beaucoup jusqu’à l’hiver 2025. En octobre on fait l’Olympia. On se concentre vraiment sur le live, parce que c’est pour ça qu’on fait de la musique. On a sorti un album parce qu’il le fallait. On va le rincer jusqu’à plus soif (rires) !