STËRNN– FOREVER SATIN
Trio rennais formé en 2018, Stërnn évolue entre pop alternative, trip-hop et électro. Après un premier EP en 2019 (Moments in Motion), le groupe ouvre aujourd’hui un nouveau chapitre avec Forever Satin, un projet décliné en deux EP, entre morceaux plus contemplatifs et énergie plus nocturne.
La sincérité de Stërnn dépasse le simple exercice de style.
À l’occasion de leur prochain concert au POPUP DU LABEL le jeudi 26 février, nous avons échangé avec eux.
AAS : C’est la première fois que l’on se rencontre. Si vous pouviez vous présenter pour celles et ceux qui vous découvrent aujourd’hui, et nous raconter comment le groupe s’est formé.
CHARLOTTE : On s’appelle Stërnn et on s’est formés en 2018. Avec Axel, on est amis d’enfance : nos mères se sont rencontrées à la maternité. On a grandi ensemble. Lui faisait de la guitare, moi des impros à la voix. À un moment donné, on s’est dit qu’on pouvait en faire un projet. On a ensuite rencontré un premier batteur, également prénommé Axel, qui avait fait le conservatoire et qui nous a beaucoup apporté sur la technique musicale, car nous étions tous les deux amateurs.
AXEL : Nous n’avons jamais été au conservatoire. Nous étions plutôt autodidactes. Axel nous a apporté de la rigueur et de la structure.
CHARLOTTE : Victor qui nous a rejoints cet été, vient du jazz et apporte aujourd’hui une nouvelle texture au groupe. Et puis Stërnn, c’est avant tout une histoire d’amitié.
AAS : Forever Satin s’inscrit dans un projet en deux volets, avec bientôt Forever Nightclub. Comment est née l’idée de ce double EP, et qu’est-ce qu’il vous permet d’exprimer artistiquement ?
CHARLOTTE : Dans notre musique, il y a beaucoup d’influences et de sonorités différentes. Dans les morceaux déjà sortis et dans Forever Satin, notre dernière sortie, on entend des sons plus calmes, plus lancinants, très liés au trip-hop. Mais on a aussi, et ça se voit beaucoup en live, un aspect très dansant, une ambiance plus électro, plus soirée.
À un moment, on s’est posé la question de lier ces deux aspects dans un seul projet. Pour asseoir ces deux identités, on s’est dit qu’on allait faire un premier EP plus calme, plus contemplatif, qui représenterait dans la métaphore la journée. Et un autre EP plus électro, plus dansant, peut-être plus sombre aussi, qui représenterait la nuit, avec quelque chose de plus rythmé.
On a donc choisi de scinder ces deux identités sur deux sorties différentes, puis de les lier dans un double EP. On s’est dit que ça renforçait notre identité.

AAS : Qu’est-ce qui a évolué depuis vos débuts dans votre manière de composer et de travailler ensemble ?
AXEL : Je pense qu’on s’est surtout professionnalisés entre le premier EP et le deuxième. On est devenus intermittents. On a commencé à vivre de la musique, à fréquenter beaucoup plus de groupes et d’autres artistes, à travailler avec eux. Ça nous a permis d’apprendre davantage et d’approfondir ce qu’on faisait. On a aussi travaillé avec un label.
CHARLOTTE : Le projet a aussi gagné en maturité avec le temps, avec les rencontres, avec l’expérience du premier EP. Forcément, ça se ressent dans le groupe et dans nos compositions.
VICTOR : De toute façon, tu es obligé d’avancer dans un processus de création. Tu ne peux pas te reposer sur un EP pendant six ans. À un moment, quand tu as déjà joué partout, en festivals, en France, à l’étranger, ça s’essouffle. Les gens ont besoin d’actualité pour être certains qu’ils vont ramener du monde à ton concert.
Quand tu es intermittent avec un projet de création, tu es toujours dans cette dynamique. On compose, on enregistre, mais parfois les morceaux sortent un an et demi après, parce que ce n’est pas le bon timing. C’est aussi une question de calendrier. Et comme le dit Charlotte, c’est avant tout une histoire d’amitié, on se retrouve naturellement pour créer.
AAS : Vous revendiquez le fait de ne pas avoir de bassiste et de travailler les sub-basses aux machines. En quoi ce choix influence votre son et votre manière de construire vos morceaux ?
AXEL : Je trouve que les basses synthétiques sont beaucoup plus redoutables que quand on a un bassiste. Quand il y a un bassiste, tu es souvent dans le groove, dans quelque chose de plus organique. Alors que la froideur et la régularité absolue des machines apportent autre chose.

AAS : Pour votre clip Getting Old, vous avez fait appel à une Rennaise, Danielle Thiébaud. À travers ce morceau et ce personnage, qu’est-ce que vous aviez envie de raconter ou de questionner ?
CHARLOTTE : Quand on a écrit ce morceau, notre propos, c’était de dire que dans les représentations à la télé ou dans la musique, les femmes sont souvent jeunes. Et quand elles vieillissent, on montre plutôt le fait qu’elles dépérissent, quelque chose d’un peu triste, un peu morose. Comme si leurs plus belles années, leurs rêves et leur beauté étaient derrière elles.
Nous, on avait envie de dire que devenir vieux, et moi particulièrement en tant que femme, mais ça marche pour tous les genres, ce n’est pas forcément dépérir. C’est aussi gagner en maturité, apprendre des leçons de la vie, vivre de nouvelles expériences. La vie continue. On est plus riches, plus forts. On ne fane pas.
Il y a aussi un peu d’humour dans le texte. Par exemple, on dit des choses comme « je fais semblant de m’endormir au repas pour ne pas t’écouter parler parce que je n’en ai rien à faire ». C’est un clin d’œil.
On a rencontré Danielle après le clip, et cette femme représente exactement ce qu’on voulait dire dans la chanson. Elle vit avec beaucoup d’optimisme, beaucoup de pétillement et de vie. Elle nous a dit : « Quand on me fait une proposition un peu folle, j’essaie de ne jamais dire non et de sauter dans l’inconnu et de découvrir de nouvelles choses. »
On a remporté un prix avec ce clip et elle est venue avec nous à Quimper pour la journée. On est rentrés à deux heures du matin, on s’est trop marrés. Elle a 81 ans et on avait l’impression d’être avec une pote à nous.
Ça montre que ce morceau porte une vérité. Même si, dans l’espace public, dans les pubs ou à la télé, on ne voit pas beaucoup cette représentation des femmes âgées. Nous, à notre petite échelle de musiciens, on voulait créer cette image et la mettre dans les oreilles et dans les yeux des gens.
AAS : Si on devait vous souhaiter quelque chose pour la suite de Stërnn, ce serait quoi ?
VICTOR : Plein de concerts. On a envie de défendre cette musique, de défendre ces messages, et surtout de partager cette joie de vivre. Aujourd’hui, il y a beaucoup de musiques actuelles qui défendent quelque chose d’assez artistique, parfois assez sombre. Il y a parfois un côté artistique qui peut enlever un peu de naturel ou de joie, parce qu’on veut montrer quelque chose ou entrer dans un moule.
Nous, on partage à la fois une esthétique et quelque chose de très joyeux, très naturel, très intuitif. On rit, on s’amuse. Et je pense que ça fait vraiment du bien sur scène de partager ça. On a envie d’aller au contact des gens de cette manière-là.
AXEL : Le clip est aussi fun. On n’a pas voulu faire un truc uniquement avec un message poétique fort. On voulait quelque chose de drôle, d’un peu décalé. Et c’est pareil pour les concerts : on veut que ça reste fun, qu’on prenne du plaisir à les faire. Et au passage, grosse dédicace à Leam Inard qui a réalisé le clip.
En concert le jeudi 26 février au POPUP DU LABEL avec Azur Age et Madsun


