JEANNE BONJOUR – Look
Signalement : Regard expressif. Cheveux blonds. Jeanne B. Rennaise. De sexe Féminin.
Quelques lignes parallèles avec Blondie, la fougue d’une Catherine Ringer, Jeanne Bonjour s’assume pleinement à travers LOOK, son nouvel EP. Plus organique, plus glam rock, un relooking musical qui lui va à merveille.
Elle y parle d’amour, de résilience, de vulnérabilité. Mais il y a aussi le jeu de cette famille, celle de Jeanne qui plane sur ce nouveau souffle mélodique. Une mère accordéoniste, un frère à la basse, sa sœur à la guitare. Et bien sûr Jeanne au piano, à la composition, au chant et à la théâtralité.
Un retour à ses racines pour mieux prendre son envol. A travers des textes intimes, elle construit ses chansons comme des récits introspectifs où la musique en constante recherche reflète parfaitement son besoin d’évacuer.
C’est avec beaucoup de sincérité et de spontanéité que Jeanne prend place sur le divan. Alors j’écoute, carnet à la main, lunettes tombantes sur le nez, les jambes croisées. Et je prends note.
La confession est fluide, presque sereine avec beaucoup de recul : “Ça fait six mois que j’parle plus, que j’parle plus trop sur mes notes blanches …”

Look around introduit un cheminement personnel porté par ce qui l’entoure. Ses angoisses qui rejaillissent mais l’envie d’aller de l’avant, de s’ouvrir comme l’instrumentation qui se libère progressivement. Un étrange sentiment de légèreté s’empare de nous puis finalement la gorge se resserre sur la dernière mesure.
Rien n’est vraiment guéri mais on va Finir par en rire. Tout n’est que question de temps, de temps qui passe car si “les traumas perdurent, les rêves continuent” avoue-t-elle à juste titre. Petit à petit ses confidences prennent l’allure d’une invitation à s’émanciper, à pleurer sur la piste pour mieux reprendre le contrôle.
Comme lorsqu’elle met un cran d’arrêt au festival de connes sur Le bal de fin d’année. Exaltante vengeance, boule au ventre et à multiples facettes. Partant d’un constat amer, Jeanne rebat les cartes avec beaucoup de dérision. Une chanson pop qui s’inscrit avec brio dans ce mouvement féminin où la parole se libère et fait du bien. Un essaim de reines qui battent les « rois » et les renvoient majestueusement au rang de simple valet.
Plus qu’une fête, c’est une célébration à ne plus se laisser marcher sur les pieds. Un pas de danse vers l’acceptation de soi, la confiance et l’indépendance.
Jusqu’à la Métamorphose, cette envie de mutation amorcée à travers un virage plus rock. Une (re)construction progressive qui la libère de sa dépendance affective à grands coups de caisse claire.

Mais la transformation n’est pas un miracle, car la peur ne dort jamais. Les lumières de la ville en sont l’éclairage parfait. Construit comme un court métrage, le titre capture quelque chose de profondément contemporain : l’angoisse silencieuse qui accompagne les déambulations nocturnes d’une jeune femme aujourd’hui.
La tension est palpable, la paranoïa s’accentue tout au long de ce morceau intense. Un rythme de plus en plus nerveux, battant comme des pulsations au niveau des tempes.
Une fois rentrée chez elle, Jeanne reprend son souffle et se livre à cœur perdu. Sur Parfois je doute, elle sort de sa malle son mal être, un bagage lourd qui s’allège au fil des maux.
Entre fragilité et puissance, LOOK nous invite à s’ouvrir aux autres pour mieux s’assumer sans chercher de réponses. Se promettant qu’un jour, on dansera librement, apaisé par la voix habitée d’une femme qui apprend à se réparer.
Alors quand symboliquement la séance s’achève sur ses mots : “Je voudrais rêver, je veux y croire”, c’est toute notre histoire qui se rétablit.
A travers sa musique, Jeanne Bonjour panse ses plaies et les nôtres. Une thérapie inversée qui pousse à s’aimer soi-même avec l’espoir de se dire que si on regarde autour, on n’est plus seul
Évidemment la consultation est pour moi. 🙂


