Interview
du mois

IZAE X LOUISE XIV

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IZAE X LOUISE XIV – UNE JOURNEE DE TRAVERS Nouveau single

IZAE développe une écriture intime, portée par le ressenti et une attention particulière au son. De son côté, LOUISE XIV, trio, construit un projet collectif, entre guitares, électronique et travail des voix. À l’occasion de la sortie de leur nouveau single Une journée de travers, nous les avons rencontré pour échanger autour de cette collaboration.

AAS :  Comment est née cette collaboration entre vous ?

IZAE : On se connaissait déjà avec Grégoire, on s’était déjà croisés ici et là. La première fois qu’on s’est vus, c’est à l’occasion du concert de Thierry Amiel à Strasbourg où j’assurais la première partie. Grégoire connaissait Thomas, mon manager, et on s’est ensuite recroisés plusieurs fois. On a notamment fait appel à ses services et à ses talents de mixeur sur quelques projets, et il a aussi fait les guitares sur mon futur EP.

LOUISE : Un jour Grégoire, me dit : « j’ai des copains qui aimeraient bien faire une date à Strasbourg, on pourrait faire un coplateau. » Et comme on avait des entrées dans certains lieux, on s’est retrouvés à faire une date toustes ensemble, avec un DJ set de Flora Fishbach au Karmen Camina, une salle de concert vraiment chouette. Et puis voilà, l’histoire d’amour est née.

©Julie Maes

AAS : Qu’est-ce qui vous a donné en fait envie de faire un single ensemble ? Est-ce qu’il y a eu un déclic particulier ?

IZAE : J’ai revu Louise XIV en concert à la Boule Noire dans le cadre du Mama Festival. J’ai été hyper emballé, et quelques mois plus tard, en composant, je me suis dit : tiens, ça me fait penser à l’énergie de Louise XIV.

LOUISE : Izae nous a envoyé un morceau qui était déjà hyper construit et très abouti.

GREGOIRE : On a quand même retravaillé le morceau à 100%. C’est à dire qu’on a vraiment modifié tous les instruments. Tristan a rejoué une basse, alors qu’à la base c’était une basse faite au synthé. J’ai ajouté de la guitare sur les refrains, alors qu’il n’y avait pas.

AAS : « Une journée de travers », ça veut dire quoi pour vous ?

TRISTAN : C’est une journée complètement démesurée, une journée de travers, c’est une journée de fourrure dans un bus, une journée de paillettes dans la rue avec des gens qui suivent leur routine. Et puis voilà, on casse un petit peu ça avec cette journée de travers. C’est une journée complètement imprévisible.

AAS : Dans le morceau, vous dites « Le futur, c’était mieux hier », c’est-à-dire ?

IZAE : « Le futur, c’était mieux hier », je pense que c’est un peu un écho à « C’était mieux avant », sauf que dans l’univers parallèle dans lequel se situe la chanson, tout est un peu inversé, ou en tout cas distendu. Du coup, cette phrase vient comme un miroir décalé de « C’était mieux avant ».

LOUISE : Pour moi, ça évoque un texte à plusieurs niveaux de lecture. « Le futur, c’était meilleur », ça peut vouloir tout dire et rien dire à la fois, et c’est justement ce qui rejoint l’idée d’une journée de travers. On a l’impression de marcher un peu sur la tête, de ne plus savoir à quoi s’accrocher : il n’y a plus vraiment de futur, ni de présent, ni d’avant, ni d’ailleurs. Tout devient une forme de multidimension où tout est possible, et en même temps déjà terminé.

Je trouve que c’est une vraie distorsion du temps, qui ouvre plein d’interprétations selon ce qu’on y projette. Quand j’ai entendu cette phrase pour la première fois, moi qui suis très analytique, ça m’a presque perturbée. J’essayais de comprendre, de décortiquer : le futur, c’est quoi ? Le présent ? Mais s’il était “meilleur”, alors que je ne l’ai pas encore vécu…Et en fait, ça m’a poussée à lâcher prise. À arrêter d’analyser avec la tête pour plutôt écrire avec le corps, avec le ressenti. À être plus spontanée, à accepter cette “journée de travers” et à laisser les choses venir.

©Tryptish

AAS : Les paroles sont assez imagées, elles ne sont ni frontales, ni explicites. Comment avez-vous écrit ensemble ?

LOUISE : Comme je le disais au début, Izae est arrivé avec une idée de texte déjà très construite. Au début, je lui ai dit : « Ouh là, je n’ai pas du tout envie de modifier ce que tu as fait, c’est déjà très bien. » On a deux manières d’écrire assez différentes. On s’est rendu compte qu’Izae travaillait beaucoup sur les sonorités, sur le nombre de syllabes dans un mot, pour que la mélodie soit percutante. Alors que moi, je pars d’abord du sens, j’ai besoin que ce soit clair dans ma tête. Du coup, c’était vraiment une rencontre entre le sens et l’instinct.

AAS : Il y a un mélange assez marqué entre pop, rock et électro. Ça s’est fait naturellement ou vous avez dû trouver un équilibre entre vos univers ?

GREGOIRE : C’est complètement naturel, parce que ce sont déjà des styles qui font partie de notre ADN et qui rendent notre projet, Louise XIV, assez hybride. Ça s’est retranscrit naturellement dans l’arrangement, il n’y a pas eu de vrai questionnement. Izae avait proposé à la base une direction un peu cold wave, et comme ça fait aussi partie de nos influences, tout s’est fait de façon assez fluide.

IZAE : À la base, la maquette que je leur ai envoyée était très chargée, avec des couches et des couches de synthés. Elle était très intense, très électro. On partage ces goûts-là, mais Louise XIV a apporté toute la subtilité qui n’était pas forcément présente au départ dans cette version.

GREGOIRE : C’est vrai, qu’il y a moins de pistes sur la version finale que sur la version initiale.

LOUISE : On n’a pas travaillé tous ensemble en même temps en studio. On se l’envoyait plutôt en ping-pong, et c’était chouette parce que ça donnait la sensation d’être seul avec le morceau, de pouvoir vraiment y apporter sa patte. Moi, j’ai travaillé les arrangements de chœurs, à partir de ceux d’Izae, mais qui étaient sur une seule piste. Le fait d’ajouter des voix et de retravailler à l’intérieur de cette matière déjà dense a créé ce refrain très plein. Il y a eu aussi des petits effets dans la production qui ont permis de laisser cette matière vocale prendre de la place.

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