GRAPHY-T – DRAFT PUNK
Shibuya, arondissement de Tokyo. Trois heures du matin. Sous les néons, le trash. Les enseignes clignotent, un tag DRAFT PUNK aux couleurs criardes. Des silhouettes rebelles traversent la nuit comme échappés d’un manga des années 2000.
Cyber, punk, excessive, un peu insolente, le duo rennais Graphy-T semble préférer les personnages indisciplinés aux héros conventionnels. Neve et Sasha lâchent l’hybride dans un mélange d’hyperpop, d’électro, de drum’n’bass et de guitares abrasives.
Derrière les circuits électriques fluorescents et le grand défouloir électronique, leur nouvel EP porte aussi quelque chose de plus intime et politique. Une sensibilité queer et féministe qui ne cherche pas forcément à distribuer des ippons, qu’ils soient bons ou mauvais. Tout passe par le corps, l’affirmation de soi, l’affranchissement, le droit à l’excès et le plaisir de prendre toute la place.
Ride my Dyke lynche les chiens, rend ses lettres de noblesse à l’amour encore parfois réprimé. Une chevauchée arrogante qui leur donne une longueur d’avance sur les vieux cons. Elles sont les rênes, ils sont les montures.

C’est ça aussi DRAFT PUNK, choisir sa propre mise en scène. Comme au Cinéma, en refusant obstinément le rôle qu’on leur a attribué. Pas de comédie romantique, sortir du cadre pour mieux prendre la lumière. Graphy-T préfère les trajectoires imprévisibles, les identités mouvantes qui n’ont pas besoin d’être validés par le regard des autres.
Moteur. Action. Burn out.
Toujours danser plus fort, à feu et à tort pour combattre des monstres, des anges, dans un monde apocalyptique. Les circuits saturent, le système menace de planter. Éviter au maximum le contact humain pour ne pas blesser ou être blessé.
Le trop-plein devient alors une raison de danser. Sous les strobos, soit grandir soit Mourir sur scène. Le dancefloor fait office de terrain d’émancipation et d’accomplissement.
Dans un système où les femmes et les minorités de genre doivent encore composer avec les regards et les attentes des autres, s’affirmer c’est aussi refuser les normes. Choisir soi-même la façon dont on veut exister, aimer et être aimé.
Choisir son Pare-tonnerre, faire de la musique un espace de libération saphique et courir sous la foudre qui éclaire. Une signalisation lumineuse qui explore la vie en 24 images par seconde et gronde sa révolution à plein volume.
Avec leur nouvel EP, Graphy-T ramène un peu de candeur dans le cynisme actuel et signe des hymnes engagés, d’un trash tag qui veut dire liberté.
05.11.2026 : Festival_crossroads / Roubaix


