Depuis ses débuts, nous suivons avec admiration l’ascension de Jeanne Bonjour, artiste bretonne qui impose son univers avec une énergie brute et une sincérité touchante. Après 13 ans et Nouvelle Ère, ses deux premiers EPs, elle continue de mêler chanson française ciselée et rock incandescent, affirmant une identité artistique intense et libre. Avec Les Lumières de la Ville, son dernier single, elle frappe fort : une plongée saisissante dans l’insécurité vécue par les femmes dans l’espace public, portée par une production percutante et un clip à l’esthétique cinématographique signé Sacha Arethura. Toujours en quête de nouvelles explorations artistiques, Jeanne évolue, affine son regard et affirme sa place.
Rencontre avec une artiste à suivre, encore et toujours.
AAS : La sortie de ton nouveau single Les lumières de la ville marque un tournant dans ton parcours. Qu’est-ce qui t’a poussée à prendre cette nouvelle direction ?
JEANNE BONJOUR : J’ai réalisé plusieurs projets pour expérimenter diverses approches. Mais cette fois, j’avais envie de me concentrer sur quelque chose de très sincère, qui me représente à 100 %. Finalement, c’est un retour à mes aspirations premières. Je me suis reconnectée à ce qui m’inspirait quand j’étais enfant. Le résultat est un mélange de chanson, de rock et d’autres influences variées.
AAS : Alors justement quelles sont ces influences de ton enfance et comment les as-tu intégrées dans ce nouveau morceau ?
JEANNE BONJOUR : Ma mère, qui est artiste, a eu plusieurs groupes qui mêlaient chanson française et rock. À la maison, on écoutait souvent Lenny Kravitz et Bashung, des artistes qui m’ont marquée depuis toute petite. Ce qui rend ce morceau moderne, c’est que c’est moi qui écris le texte aujourd’hui, à 23 ans. Les lumières de la ville parle du harcèlement de rue dans notre société actuelle, mais aussi de mes nouvelles influences, comme Bowie et Blondie, dans un esprit assez glam rock.
AAS : Ce single évoque l’insécurité que peuvent ressentir les femmes dans la rue. Ce sujet te touche-t-il au quotidien ?
JEANNE BONJOUR : Oui, cette chanson est née d’une sensation très précise : quand je marche seule la nuit, il m’arrive d’avoir l’impression d’être suivie. C’est une peur qui peut sembler irrationnelle, mais qui repose sur des expériences bien réelles. En en parlant autour de moi, j’ai réalisé que beaucoup de femmes ressentaient la même chose. Le harcèlement de rue est une réalité omniprésente, et cette crainte est ancrée en nous parce que des choses sont déjà arrivées. Les lumières de la ville traduit ces peurs, ces hallucinations parfois exagérées mais qui prennent racine dans un danger bien réel. Le titre fait référence aux lampadaires qui deviennent flous quand on accélère le pas dans la nuit, comme une image de cette angoisse qui grandit.

AAS : Le clip est superbe. Peux-tu nous expliquer le choix de cette identité visuelle ?
JEANNE BONJOUR : J’ai travaillé avec Sacha Arethura, le réalisateur. Il s’est inspiré du moodboard que j’avais créé pour ma nouvelle direction artistique, très glam rock et explosive. Nous partageons des références communes comme Blondie et David Bowie. Il a aussi apporté une dimension onirique au clip, pour laisser place à l’interprétation plutôt que de retranscrire la réalité de manière frontale. Par exemple, les danseuses y apparaissent comme des ombres, presque monstrueuses, qui se déforment. L’idée était d’accompagner la force du texte tout en l’amenant vers une dimension plus métaphorique.
AAS : Ce single annonce ton premier album. Peux-tu nous donner quelques indices sur la direction que prendra ce projet et les thèmes que tu souhaites explorer ?
JEANNE BONJOUR : Avec mon premier EP 13 ans, j’étais encore dans l’adolescence, le second Nouvelle Ère représentait ce passage vers l’âge adulte. Aujourd’hui, c’est différent : je m’affirme pleinement en tant que femme. Il y a plus d’assurance, une volonté de proposer quelque chose sans avoir à s’excuser. Mes textes parlent aussi de ça : de ce que c’est d’être une femme en 2025.
AAS : C’est un projet où tu t’affirmes encore davantage ?
JEANNE BONJOUR : oui. J’ai adoré sortir Nouvelle Ère, tout s’est très bien passé. Mais que ce soit dans l’industrie musicale ou dans la vie en général, on peut parfois être tenté de s’effacer. Cette fois, j’ai voulu suivre mon instinct, ma bonne étoile, et faire les choses avec le cœur, sans trop réfléchir aux conséquences. Être là pour partager quelque chose, de la manière la plus authentique possible. Sur ce projet, j’ai l’impression d’aller encore plus loin dans ma vision artistique et d’explorer de nouvelles facettes. J’ai aussi eu la chance d’être entourée d’une belle équipe, qui n’était pas là pour modifier mon univers, mais pour l’enrichir et l’étendre. Et surtout, on a pu prendre le temps de bien faire les choses. Avec Sacha, cela faisait longtemps qu’on voulait réaliser un gros clip, et on a enfin pu concrétiser cette envie.
Je vois ma carrière musicale comme un grand livre, avec plusieurs chapitres. Chaque projet est l’occasion d’explorer une facette différente de ma vision artistique. Je pense que le prochain sera encore complètement différent. Ce n’est pas de l’indécision, mais plutôt l’envie de proposer à chaque fois quelque chose de nouveau.
On retrouvera Jeanne Bonjour en concert au Festival Belle Etoiles le samedi 5 juillet à Pacé (35).