MESDAMES, MESSIEURS ! – Sam ou la vie Sauvage
MESDAMES, MESSIEURS ! Votre attention s’il vous plaît… Un avis de tempête est annoncé sur la scène musicale française. Une nouvelle vague, déferlante, venue de la côte d’Opale prête à faire chavirer les cœurs et les corps.
Chevelure Dylanesque, costume trop large taillé pour le succès, la perturbation Sam Sauvage arrive comme un dérèglement artistique. Un raz de marée qui interpelle, qui interprète l’amour, l’amer, la ville, la vie…
En 2 EP, Sam Sauvage a su planter le décor. Des textes incarnés, une voix et une gestuelle singulières. Ses mélodies s’installent comme une conversation tardive, la nuit tombée à la terrasse d’un café. Un peu comme si on le surprenait à penser trop fort, “tout en élégance mais preuves à l’appui…”
Une narration sans filtre qui lui vaut d’être nominé aux Victoires de la musique avant même que son premier album ne soit sorti.

Le rideau s’ouvre aujourd’hui sur MESDAMES, MESSIEURS ! Un appel à la mobilisation, une injonction à ne pas fermer les volets sur ce qui nous entoure. En 13 titres naviguant entre new wave, pop moderne et spleen, Sam Sauvage nous prouve que danser n’empêchera pas la Terre de s’effondrer, mais ça nous évite de sombrer.
Si on connaît déjà Les gens qui dansent (j’adore) et La fin du monde, marqueurs du style Sam Sauvage sur son précédent EP, on ne peut que se délecter de la suite tout aussi addictive et créative.
Captant l’air du temps avec une justesse troublante, l’artiste continue d’observer le monde vivre avec turbulence.
Que la dépression soit climatique dans un jouissif bulletin météo ou personnelle à travers un cri poignant dans le métro, Sam se met en scène entre émotion et décalage pour mieux nous sensibiliser. Un appel à l’urgence pour la planète, les disparités sociales ou encore le féminicide. Il pleut des femmes… Torrent de larmes porté par la voix fragile d’un homme. Le manifeste est d’une beauté alarmante.

Et puis il y a son propre Langage de l’amour. L’amour qu’il déchante pour mieux le contredire.
Osant dire “Je ne t’aime plus” plutôt que de se trouver des excuses ou maîtrisant l’art du râteau comme personne sur Ne t’en fais pas pour elle, Sam Sauvage fait de ces déboires des B.A.
Boire… Apprendre. Briser… Apprendre. Boulogne… Aimer, tendre déclaration à sa ville natale.
Amsterdam a ses marins qui chantent, Boulogne-sur-mer a désormais ses marins de la mort. Terre d’asile mais aussi port d’attache du chanteur, un paysage contemplatif parfois agité qui a bercé sa jeunesse. Là où la beauté des laids charme sans délai (Je suis pas bo) ou que l’intime désarme avec pudeur dans le Roi du silence. Un conte défait par l’absence d’un père, ramenant chacun à sa propre histoire.
C’est en évitant toute forme d’hypocrisie que sa musique nous touche. Entouré de Pierre Cheguillaume (Inüit), Simon Quénéa (Pamela) et David Enfrein (Terrrier), Sam Sauvage dépeint un monde où chaque chanson est un tableau. Une toile de fond ouverte sur l’extérieur, profondément tournée vers l’humain. “Ces âmes en peine qui nous tombent dans les bras les soirs de lune pleine, qui nous parlent tout bas.”
Derrière un look de dandy cool, grand brun avec deux chaussettes rouges, Sam Sauvage affirme son style avec une lucidité et une classe folle. “Mots imparfaits, phrases déphrasées” mais conteur affable, entier et hypersensible… Permet moi de te l’avouer, ce que je préfère sont tes histoires.
31.03.26 @lacigale, Paris


