THIBAUT

@Tanguy Delavet

THIBAUT- JAMAIS

Après une pause de presque trois ans, Thibaut que l’on a connu sous le nom de Oete revient aujourd’hui sous son prénom. Un retour attendu pour un artiste qui avait marqué par une écriture à vif et une esthétique déjà affirmée, avant de se retirer volontairement du paysage. Un retrait nécessaire, presque vital, pour repenser son rapport à la musique, à la scène et à lui-même.

Avec Jamais, premier titre de ce nouveau chapitre, Thibaut opère une rupture symbolique avec son ancien projet tout en conservant une sincérité brute. Réalisé avec Bastien Burger, le morceau navigue entre chanson française et pop sombre, quelque part entre Christine and the Queens et Christophe. Une voix toujours écorchée, mais plus nuancée, qui s’érige en rempart face à la solitude et aux souvenirs d’enfance. Un retour qui pose les bases d’un album attendu l’année prochaine.

AAS : Tu reviens aujourd’hui avec ton prénom. On t’a connu sous le nom de OETE. Qu’est-ce qui t’a amené à faire ce choix pour ce nouveau chapitre qui s’ouvre pour toi ?

THIBAUT : Ce choix s’est imposé assez naturellement. L’album que je suis en train de finir est un album sur la fuite. En l’écrivant, je me suis rendu compte qu’on pouvait fuir beaucoup de choses : un village, une condition sociale, une famille, un cadre. Mais au final, il y a une chose que l’on ne peut pas fuir, c’est soi-même. Reprendre mon prénom, c’était accepter ça. Transformer quelque chose que je n’ai pas choisi en naissant, mais avec lequel j’ai grandi. Oete m’a énormément servi : ça m’a permis de me chercher en tant qu’artiste, de me construire, de me définir. Aujourd’hui, je me sentais suffisamment fort pour revenir sous mon prénom et en faire autre chose.

©Tanguy Dlvt

AAS : Tu as traversé cette pause de presque trois ans. Que se passet-il en trois ans, sur le plan artistique mais également sur le plan personnel ?

THIBAUT : Trois ans, c’est long. Je n’ai pas vraiment vécu ça hyper bien au début. Si on m’avait dit : « Tu vas t’arrêter trois ans », j’aurais dit non. C’est vital quand on fait de la musique : je ne pense pas que j’aurais dit oui. Faire des chansons, c’est bien, mais les partager avec d’autres, c’est beaucoup trop important pour moi. Il s’est passé plein de choses : une psychanalyse, un changement d’équipe. Je suis très heureux aujourd’hui de pouvoir travailler avec des gens qui sont bienveillants, qui comprennent ce que j’ai envie de faire et qui donnent tout pour m’accompagner.

AAS : Ton ancien projet que l’on a suivi de près c’était pourtant ta direction, tes choix. Avec Thibaut c’est un projet plus affirmé ?

THIBAUT : Je crois que ce que j’ai fait auparavant, c’était le moi de 22 ans qui avait envie de faire de la musique, très inspiré par ce qui se passait en France en 2022. On a eu, à la suite, la sortie de l’album Avec les yeux de Fishbach, le second album Cœur de Clara Luciani, puis Brûler le feu de Juliette Armanet. Il y avait une ère très disco, dans laquelle je me suis beaucoup imprégné pour faire mon premier album. Ces directions musicales ont été importantes pour moi, parce que j’adore ces trois artistes. Aujourd’hui, il y a eu plus de recul. J’avais moins envie de faire « comme », et davantage envie d’aller chercher ce qui se passe quand je suis juste avec mon piano et que j’écris.

©Tanguy Dlvt

AAS : Jamais c’est le premier titre que tu dévoiles aujourd’hui. Pourquoi avoir choisi ce titre pour ton retour ?

THIBAUT : Je ne l’ai pas encore conscientisé. Je n’ai aucune idée de pourquoi je l’ai appelé Jamais. Je ne me suis pas pris la tête sur les titres de l’album à venir. J’ai beaucoup pensé aux paroles, j’ai beaucoup travaillé sur les textes, mais les titres, je les ai faits à l’instinct, à l’évidence. Peut-être que c’est beaucoup plus inconscient que ça, et peut-être que c’est sur les choses que je n’accepterai plus. Mais en l’occurrence, je pense que là, c’est plus un message d’amour.

AAS : Ce titre évoque la solitude, les souvenirs d’enfance, mais aussi une forme de promesse « on ne sera pas seuls » « Jamais ». Qu’aimerais-tu que le public retienne de ce single ?

THIBAUT : Pour moi, c’est vraiment une lettre ouverte : les gens qui vont la lire ou l’écouter se l’approprieront, ou non. Je suis parti de ce constat. J’avais envie d’écrire une lettre pour quelqu’un. La personne est très physique dans ma tête, très existante. Il y a des moments dans la vie, des parcours, où l’on se retrouve bien dans la merde. Pour moi, c’est une chanson qui est une ode à la résilience, une ode à la poésie que l’on trouve dans des choses très simples de la vie : la pluie, les gens qu’on aime, les amis, les rencontres. C’est ça que j’avais envie de mettre en avant. On n’est jamais seuls quand on réfléchit bien : il y a toujours une épaule sur laquelle on peut se reposer. Et je pense que c’est important d’y songer avant de voir trop noir.

AAS : Le morceau a été réalisé avec Bastien Burger, avec qui tu partages aussi la composition. Comment s’est construite cette collaboration et qu’a-t-elle apporté à ton univers ?

THIBAUT : Ce qui est assez drôle avec Bastien, c’est qu’en travaillant tous les deux, on se sort totalement de là d’où l’on vient. Je l’ai rencontré sur la tournée 2023, on faisait beaucoup de festivals, il jouait avec Izia. Il a d’ailleurs composé tous ses albums, à part le premier.On se croisait souvent en loge et, à la fin de la tournée, je voulais rencontrer de nouveaux producteurs. Mon équipe m’a proposé son nom et je me suis dit que c’était une bonne idée de le rencontrer davantage. C’est comme ça qu’est née la collaboration. Aujourd’hui, on habite à deux étages d’écart, puisqu’il est dans mon immeuble. Sur Jamais, je lui ai apporté le piano-voix. À partir de là, il a repris le piano en y apportant des nuances, des aspérités, puis tout l’aspect de la réalisation et de l’arrangement que l’on a faits ensemble. Là où je dis que l’on sort de notre zone de confort, c’est que je l’ai vraiment poussé à aller dans des choses très délicates, très douces. Il vient quand même du rock. C’était un très bon travail.

Retrouvez Thibaut en concert au Printemps de Bourges le 15 avril avec Fishbach.

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