Pensé comme un espace de diffusion et d’expérimentation, le Glitch Club s’inscrit comme une soirée de musique live électronique alternative, à la croisée du son et de l’image, et qui met en lumière les projets solos d’artistes féminines. Porté par yaje (Yasmine), ce projet défend une autre manière de programmer, attentive à des formats encore peu représentés.
À l’occasion de la prochaine soirée, le 17 janvier au Hasard Ludique (Paris), Yaje revient sur la genèse du Glitch Club, ses intentions et ce qui le distingue aujourd’hui dans le paysage des programmations actuelles.
AAS : Avant d’être à l’origine du Glitch Club, qui es-tu aujourd’hui, et quel a été ton parcours jusqu’à ce projet ?
YAJE : Je m’appelle Yasmine. Je suis née au Maroc, j’ai grandi en Australie et depuis 6 ans maintenant, je suis française. J’ai une identité complexe, multiculturelle et fragmentée, et la musique a toujours été mon moyen d’expression. J’ai commencé par le chant et le piano très jeune, puis la composition à l’adolescence. Je me cherche et cette recherche passe par l’expérimentation et la transformation (musicale, esthétique, verbale…).
Avant mon projet solo Yaje, j’ai fait partie de plusieurs groupes, dans des styles très différents (pop-rock, jazz, nu-disco…). Le fonctionnement était souvent le même : quelqu’un produisait les instrus, j’écrivais les textes, composais et enregistrais les voix. Mais au fond, ce n’était jamais complètement moi. La musique électronique et la découverte des samples m’a permis de trouver une forme d’indépendance dans ma manière de créer de la musique, et j’ai pu pour la première fois avec Yaje produire un album par moi-même et pour moi-même. Un album de “pop-electronique tragique-festive” écrit en Australie à coups de kicks techno et de breakbeats, qui m’a permis d’extérioriser un certain nombre de choses qui me pesaient, d’où le titre “Exotic Exorcism”.

AAS : À quel moment tu t’es dit que faire uniquement de la musique ne suffisait plus, et qu’il fallait créer un espace comme le Glitch Club ?
YAJE : Pour être parfaitement honnête, c’était au moment où il a fallu démarcher des partenaires, des salles, et trouver de l’aide pour faire exister mon projet. Ou plutôt au bout d’un certain temps à faire ce travail de démarchage. Beaucoup de prise de contacts, beaucoup de mails, la participation aux tremplins, énormément de refus ou simplement de non-réponses… C’est très décourageant à la longue. Je ne supportais plus de devoir quémander de l’attention pour mon projet, j’ai eu besoin de protéger ma motivation, de mettre cette énergie ailleurs et d’inverser les rôles. Je ne voulais plus attendre qu’on me donne ma chance, déjà parce que j’ai pas le temps en fait haha, mais aussi parce que j’ai besoin d’être dans l’action. Créer le Glitch Club, c’était une façon d’exister autrement et depuis je suis souvent contactée par ces mêmes personnes qui ignoraient mes mails…
AAS : On parle beaucoup aujourd’hui de scène féminine émergente, mais concrètement, qu’est-ce qui manque encore dans l’industrie musicale pour permettre à ces artistes d’exister pleinement ?
YAJE : Je pense que chaque parcours est différent. Il y a de plus en plus de dispositifs, de collectifs et de ressources pour aider les artistes émergents et notamment les femmes mais il faut aller les chercher et quand on débute on ne sait pas forcément vers qui se tourner, par quoi commencer. Personnellement il m’a manqué un entourage, un.e mentor.e et j’irai même jusqu’à dire une scène pour pleinement exister à Paris et en dehors de Paris en tant qu’artiste qui fait de la pop-électronique alternative. Les soirées s’appellent Glitch “Club”, mais il s’agit bien de concerts qui se jouent “avant minuit”. On pourra bien sûr imaginer des formats club hybrides, mais le focus aujourd’hui c’est des projets solo portés par des femmes autrices-compositrice-interprètes et productrices, inspirées des musiques électroniques pour faire de la pop. J’ai voulu réunir ces artistes et apporter à cette scène un rendez-vous – un espace, pour construire cet entourage, favoriser la rencontre et l’entraide au sein de cette communauté d’artistes, et y réunir un public commun.
AAS : Pour cette troisième édition du Glitch Club, comment choisis-tu les artistes que tu invites à partager la scène ?
YAJE : Jusqu’à présent j’ai principalement fonctionné au coup de cœur, via des connexions et des rencontres faites durant mon parcours. Par exemple, je suis entrée en contact avec LUXIE et CMARG suite à notre sélection à toutes les trois dans le top 100 du Pernod Ricard Live. Je suis allée écouter et j’ai adoré leurs titres.
En septembre j’ai découvert JOYE et ODA Louise qui étaient en co-plateau avec Luxie au Popup, et j’ai tout de suite voulu les programmer. Et puis, TETHA, je suis fan depuis l’avoir découverte aux Icart Sessions 2023, tremplin auquel je participais également avec mon groupe Blossom Club. Pour moi, la cohérence du plateau est essentielle, autant pour les artistes que pour le public. L’idée est de créer un rendez-vous qui serve à la fois :
• un public curieux, à qui l’on propose un plateau découverte qu’il peut aimer du début à la fin
• des artistes, qui jouent dans un cadre aligné avec leur univers et qui leur permet de développer leur audience
À terme, j’aimerais que ces soirées ne dépendent plus de la popularité des artistes, mais que ce soit la promesse du Glitch Club, celle de belles découvertes, qui apporte de la visibilité aux projets.

AAS : Qu’est-ce qui, selon toi rend le Glitch Club différent des autres soirées ou formats de programmation actuels ?
YAJE : Actuellement la singularité du Glitch Club est la suivante: un concept 100 % concert, 100 % pop-électronique alternative, 100 % artistes solo féminines. Il existe de nombreux formats émergents qui mêlent les genres et formations. Une multitude de formats clubs. Mais peu de lieux, soirées dédiés aux types d’artistes dont je vous parle, en dehors des soirées organisées par les artistes eux-mêmes.
AAS : Peux-tu nous donner trois bonnes raisons de venir au Glitch Club samedi 17 janvier ?
YAJE : Le line up : honnêtement, si vous ne prenez pas au moins une claque, je vous rembourse.
Le partenariat CTRL+F : pour cette édition, nous accueillons des VJ débutantes qui assureront des projections visuelles synchronisées aux performances, pour un show encore plus immersif.
Le soutien à la création et la professionnalisation d’artistes solo féminines émergentes, en leur permettant de défendre leur travail dans un cadre professionnel et rémunéré, tout en offrant à des VJ débutantes l’opportunité de réaliser leur premier show.
SAMEDI 17 JANVIER 2026 : LE GLITCH CLUB AU HASARd LUDIQUE

