AURTHUR FU BANDINI – ÇA N’A JAMAIS ÉTÉ MIEUX AVANT (Vol.2)
Heure fantôme, insomnie générale… En proie à la noirceur d’une nuit blanche, je m’abandonne à la suite des errances d’Arthur Fu Bandini. ÇA N’A JAMAIS ÉTÉ MIEUX AVANT (Vol.2), quelque chose de sombre et de rassurant à la fois.
Suite logique d’un déjà brillant premier volume sorti en début d’année, le conteur poursuit ses divagations sociales mais en plus tendues, plus urgentes. Ce petit Zorro de la pochette, fleuret et flingue en main, passe de la lumière éclatée aux contours de la pénombre pour mieux rendre justice.
On entend des éclats de rock, de l’électro abrasive, du dub comme un cœur un peu trop plein. Un effondrement permanent plane sur ses chansons et c’est justement là la beauté de cet EP. Il nous tient debout malgré tout.
Trajet underground, basses lourdes, dès les premiers instants, on se noie dans les volutes épaisses d’un état second. Sous Anesthésie générale, nos luttes partent en fumée. Soudain la voix d’Arthur vient percer ce brouillard pour lever le voile sur un monde engourdi.

Changement de décor, les portes du métro s’ouvrent sur une transe futuriste. La musique prend possession de nos corps. L’Empire IA, dangereuse déesse, nous envoûte, nous hypnotise. On perd contrôle face à elle. La diction est fluide presque chamanique, incroyable réussite que cette mise en garde face à l’avancée technologique.
Le rythme s’accélère, nos trains de vie déraillent et on fonce droit dans le mur… Qui n’a jamais répondu « Ça va ça va » sans en penser un traître mot. Titre ironique, beat plus frontal, Arthur sonne l’alarme sur l’inégalité sociale. Un morceau qui ne laisse personne à quai et nous embarque « tous dans le même train, pas tous dans le même bateau. »
Loin de l’alter ego littéraire de John Fante à qui il emprunte son nom, Bandini ne travestit pas la réalité. Au contraire, ses textes sont d’une lucidité tranchante. On retrouve toutefois chez lui des traits de ce personnage tourmenté, en quête de sens. A travers ses textes, il crée un espace libre où la poésie frappe par sa beauté cynique, métaphorique, presque divinatoire.
Le souffle de Cassandre évoque cette parole qui prédit et qui n’est pas entendue. Les arrangements s’assombrissent autour d’une révolte populaire, un soulèvement épuisant contre le système.
Plus la nuit avance, plus je fais face à ces démons qui hantent notre société jusqu’à cette parenthèse intime. Je sors de moi. Une respiration intérieure, point de bascule vers la lumière du jour.

“On sort de nos tanières, on enlève nos œillères”. Après le chaos, place à une émotion débridée, libérée de son carcan. Nos cœurs font du freejazz sur un saxophone tempétueux, improvisant notre résistance face au tumulte du monde. Ça n’a jamais été mieux avant, juste autrement. Tout s’imbrique, tout s’efface. Comme un Lego mais sans mémoire.
Allongé les yeux grands ouverts, je regarde l’aube qui se lève à l’envers. La vie danse comme une lueur au bout du tunnel. Reste cette voix, cette poésie capable de faire cohabiter la colère et l’espoir. “Nos cœurs battent au milieu de la galaxie, se gorgent d’étoiles et d’infini.”
Il y a des musiques qui s’écoutent, d’autres qui se traversent. Celle d’Arthur Fu Bandini éveille la conscience de la tombée de la nuit au café du matin. Une faille intemporelle où tout reste ancré.
16.01.26 @pointephemere, Paris


