EMILIE KOSMIC – QUELQUES FLEURS
Pendant plusieurs années, Emilie Kosmic s’est raconté à travers un personnage pailleté, cosmique, presque irréel. Une manière de se protéger, de dépasser la timidité, de transformer l’anxiété en énergie créative. Après Kosmicologie et Kosmicologie II, et une release party marquante à la Boule Noire en 2023, l’artiste a pourtant marqué un temps d’arrêt. Burn-out, remise en question, besoin de douceur : à son retour sur les réseaux, Emilie Kosmic annonçait avoir « enlevé les paillettes ».
Avec Quelques fleurs, son nouveau single, elle se dévoile autrement. À visage découvert, dans une écriture plus intime, elle aborde le silence, la fragilité des liens et l’espoir ténu d’une réconciliation. Un morceau charnière, à la fois personnel et universel, qui ouvre un nouveau chapitre de son projet.
AAS : Jusqu’ici, Emilie Kosmic était un personnage très incarné, maquillé, presque extraterrestre. Avec Quelques fleurs, ton nouveau single tu apparais à visage découvert. Qu’est-ce que cela raconte de toi aujourd’hui ?
EMILIE : J’ai évolué vers une autre manière de me montrer, parce que j’en avais tout simplement besoin. Comme j’ai eu besoin, à l’époque des paillettes. Elles m’ont aidé à faire mes premiers pas dans ce projet pour la scène et sur les réseaux. Je suis quelqu’un qui doute énormément, tout le temps. Ces paillettes m’ont poussé comme une sorte d’armure ou de bouclier, pour surement aussi aller en-dehors de ma zone de confort. Avant ce projet, je ne chantais pas en français, encore moins de la pop. Tout en étant moi, c’est une identité améliorée qui m’a aidée.
Maintenant, j’ai eu envie de continuer sans, parce que ma manière d’écrire, de composer ou de travailler les sons avec Bloomdd a aussi évolué vers quelque chose de plus épuré, plus direct. Je doute toujours énormément mais je n’ai plus besoin de me cacher.
Il y a quelques mois, avant mon retour, je n’avais pas pris encore ma décision définitive. J’écoutais tous les avis. Et c’est en me penchant à nouveau sur les nouvelles compos que je me suis rendue compte que je n’en avais plus besoin. Je n’ai presque plus peur d’être.
AAS : Ce titre est présenté comme le plus intime que tu aies écrit. Qu’est-ce qui le rend différent de tes précédentes chansons ?
EMILIE : Avant, j’utilisais beaucoup d’images dans mes textes. Là, je suis partie sur des mots plus simples, une musique plus douce et beaucoup plus épurée. Deux lignes de synthé et une voix.
Avant, quand je parlais d’un sujet grave ou triste, j’avais besoin de l’entourer de certains mots ou formules, ça m’aidait. Tout est devenu transparent maintenant, alors plus intime c’est sur aussi.
AAS : Quelques fleurs parle du silence qui s’installe après la dispute de trop. Comment écrit-on sur le silence sans le remplir ?
EMILIE : Superbe cette question. Je crois que justement Quelques fleurs est totalement faite pour remplir et casser ce silence, pour encourager à nouveau un lien, pour aussi passer au-dessus de cette dispute de trop. Je ne sais pas quel effet elle aura sur la personne concernée et ça me questionne pas mal. Je n’ai pas envie de creuser plus ce silence en essayant de le faire un peu disparaître. J’essaie d’accepter l’état de notre relation avec toutes ses imperfections, tous les mots durs qu’on s’est balancé. Personne ne peut changer personne, j’avais juste besoin de faire cette chanson.

AAS : Tu as expliqué avoir traversé une période d’arrêt et d’épuisement. En quoi cette pause a-t-elle modifié ton rapport à la musique ?
Je travaille d’une manière obsessionnelle, et en enchaînant ce rythme avec en plus des épreuves dans ma vie personnelle, ça m’a mise à terre clairement. Parce que rien n’était équilibré. J’ai tendance à tout le temps foncer, et j’avais peut-être besoin de me prendre ce mur au final. Avant même de modifier mon rapport à la musique, ça m’a fait me remettre en question énormément.
Je dois bien avouer qu’aujourd’hui encore, j’ai du mal à ne pas être obsessionnelle sur ce que je crée, accepter de prendre des pauses, je pense que je rate certains moments avec des proches. J’essaie de surveiller ça, et j’ai encore des progrès à faire, peut-être me faire accompagner un peu plus. En tout cas, je pense que cette pause sur les réseaux et ces difficultés traversées m’ont permises d’être plus directe dans mes mots, dès l’écriture. Je commence toujours par écrire, puis la manière dont le texte est fait, ça va me mener vers l’instru. Ça m’a fait évoluer vers plus de douceur, parce que les paroles étaient elles-mêmes plus douces.
AAS : Avec ce titre, tu te livres de manière plus directe et plus fragile. Comment abordes-tu aujourd’hui le fait de partager une chanson aussi intime avec le public ?
EMILIE : J’en suis autant heureuse que peureuse ahah. Et je me sens vulnérable à l’idée de partager ce titre. Un jour sur deux, je me dis que c’est super et puis le lendemain je me dis : mais qu’est ce que je fous?
En même temps, je capte que c’est un sujet universel, les liens, les relations humaines et familiales compliquées.
Je l’ai faite écouter un peu autour de moi et je sens qu’elle touche quelque chose de profond. Elle agit comme une sorte de réconfort, comme quand on se sent compris.e. Je l’ai chanté deux fois en concert, il y avait des larmes dans le public, et moi je suis presque obligée de fermer les yeux pour arriver à la chanter malgré la gorge nouée avec l’émotion. Ça montre juste que peu importe son succès, c’est une chanson qui aidera d’autres personnes.
AAS : Après ce single, comment envisages-tu la suite du projet Emilie Kosmic ?
EMILIE : Comme une reconstruction, revenir avec des titres tristes-lumineux. Je suis toujours un peu entre les deux. Il y a des chansons avec plus de rythme, plus d’intensité et j’ai hâte aussi de les jouer un jour en concert. J’ai hâte de remodeler un set autour de ce thème général : l’apaisement. Même si ça passe par des phases plus tristes. Ce sera encore plus lumineux au printemps!


