PANORAMAS DU 3 AU 6 AVRIL 2025 (MORLAIX)
À quelques jours de l’ouverture du festival Panoramas Morlaix, on a posé quelques questions à Joran Le Corre, programmateur du festival.
Après une année de pause, l’équipe revient avec une édition recentrée, ambitieuse, et toujours aussi ancrée dans les musiques électroniques. Nouvelle jauge, nouvelle dynamique, nouvelle scène locale : Joran nous parle des choix artistiques, des défis logistiques et de la vision politique d’un festival qui, plus que jamais, veut conjuguer fête, audace et engagement.

AAS : Après une année off, Panoramas revient avec une nouvelle dynamique. Cette pause, c’était un break nécessaire ou une opportunité pour repenser le festival ? Qu’est-ce qui change concrètement cette année ?
JORAN LE CORRE : Quand nous avons décidé de changer de changer la physionomie du festival, nous avons aussi décidé d’en changer la date. Nous sommes donc passés du mois d’avril au mois de septembre. Autant le choix de changer de taille de Pano, et de basculer au SEW et à la Manufacture des Tabacs étaient une bonne idée, autant, le changement de date l’était moins. Nous sommes donc revenus à nos dates initiales et Panoramas redevient le festival qui ouvre la saison des festivals. Enchaîner un festival de septembre à avril était impossible. Nous avons donc préféré laisser passer une année pour réfléchir et organiser au mieux l’édition 2025.
AAS : Panoramas 2025 fait la part belle aux artistes féminines et affirme encore plus son ADN techno. Est-ce un choix artistique naturel, un engagement revendiqué, ou les deux ? Est-ce également une réponse aux inégalités de représentation dans le milieu électro ?
JORAN LE CORRE : Le fait d’avoir choisi la décroissance nous a permis de travailler sur une programmation plus audacieuse et donc de faire la part belle aux artistes féminines, très présentes dans la techno et les musiques électroniques, mais assez peu en headliners. Le fait de passer d’une jauge de 12.000 à une jauge de 3.500 fait que nous courrons moins après un gros remplissage et que nous pouvons laisser une large place à l’émergence. C’est clairement revendiqué. Nous espérons que cela inspirera certains de nos collègues programmateurs.
AAS : Les gros bastions de l’électro, on les connaît : Berlin, Paris, Lyon… Comment Morlaix, ville de 15 000 habitants, parvient-elle à se positionner comme un rendez-vous incontournable pour les passionné.e.s d’électro-techno ?
JORAN LE CORRE : On a une énergie dingue dans cette petite de moins de 15.000 habitants. Je dirais même que c’est assez unique en France. Le SEW, le lieu que nous avons créé il y a quelques années, fait régulièrement le plein sur les concerts que nous organisons. Un même show fera moins de monde dans une ville plus grosse. C’est incroyable. Aussi, nous pensons que 27 ans de Panoramas dans une même ville, ça forge un peu le goût et fait que les habitant·e·s aiment la musique électronique.

AAS : Cette année, la programmation met en avant une diversité d’approches, entre la deep techno d’Alarico, l’italo body music de Pablo Bozzi ou encore la trance psychédélique de Mandragora. Est-ce un reflet des tendances actuelles dans l’électro-techno ou un parti pris propre à Panoramas ?
JORAN LE CORRE : Panoramas s’écrit avec un « s ». Ce « s » est important pour nous car nous avons toujours eu à cœur de proposer le spectre le plus large possible des musiques électroniques. On propose aussi bien de la house que du harcore, de la techno que de le frenchcore, de la trance que de la jungle… A part l’EDM, que nous ne programmons pas beaucoup, tous les styles de musique électronique sont présents chaque année à Pano.
AAS : Aujourd’hui, la France compte de nombreux festivals électro de référence. Qu’est-ce qui, selon toi, fait la singularité de Panoramas face à des événements comme Astropolis ou Nuits Sonores ?
JORAN LE CORRE : Notre singularité rejoint un peu la question précédente. Contrairement à nos camarades d’Astropolis ou des Nuits Sonores, nous programmons sans doute des styles qu’on n’entendra pas ou très peu chez eux, comme le frenchcore, la frapcore, la techno mélodique… C’est bien aussi que tous les événement ne se ressemblent pas. Chaque ADN de festival fait sa richesse et enrichit la diversité.

AAS : Avec Minuit Machine en artiste associée et une belle vitrine pour les collectifs locaux, Panoramas semble plus qu’un simple festival : un tremplin pour la nouvelle scène. Est-ce un rôle que vous revendiquez ?
JORAN LE CORRE : Avec le passage à cette nouvelle formule plus réduite, j’espère que nous pourrons revendiquer encore plus ce rôle de tremplin. Mettre le pied à l’étrier et accompagner le développement de carrières, comme nous le faisons avec notre casquette de producteur (Zaho de Sagazan, NTO, Billx, Rebeka Warrior…) serait une mission logique pour nous avec ce nouveau Pano.
AAS : Si tu devais citer trois artistes à suivre absolument cette année, lesquels choisirais-tu et pourquoi ?
JORAN LE CORRE : Marion Di Napoli car elle devrait tout casser cette année avec son EP à sortir en juin chez KNTXT (le label de Charlotte de Witte). Minuit Machine car le live devient sa force et que nous sommes ravis du travail que nous avons fait avec elle. Et enfin, je dirais Odymel car on sent son profil grossir très fort ces dernières semaines. Il jouera d’ailleurs sur la mainstage de Tomorrowland cet été.



AAS : Cette année, Olivier de Sagazan, artiste visuel et performeur, rejoint la programmation. Quel rôle joue l’art contemporain dans un festival électro ? Panoramas se réinvente-t-il comme un festival hybride ?
JORAN LE CORRE : Nous programmions beaucoup plus d’artistes contemporains au début de Panoramas. Eddy Pierres, avec qui je dirige Wart et le festival, a fait les Beaux Arts et j’ai fait une fac d’Histoire de l’Art. Ce qui fait qu’au début on programmait des expos et des performances sur le festival. Ce qui est dingue avec la performance d’Olivier de Sagazan, c’est que l’utilisation du son fait presque basculer sa performance dans un trance technoïde. C’est ultra puissant et immanquable si vous êtes à Morlaix.
AAS : Le nom de l’association est la contraction de « War » et « Art ». Dans un contexte où les conflits se font sentir, comment interprètes-tu ce combat pour l’Art et en quoi cette idée se reflète-t-elle dans l’esprit et la programmation de Panoramas ?
JORAN LE CORRE : On vit des temps très troubles politiquement. Pas seulement en France mais au niveau mondial. Ce que font Trump et Poutine en piétinant leurs anciens partenaires est extrêmement anxiogène. Si la parenthèse au stress ambiant que provoque un festival, un concert, une expo doit devenir un combat, alors nous serons prêts à nous battre. L’accès à la culture hors des grandes agglomérations a toujours été une cause important pour nous aussi. Hors des sentiers battus, on revendique le droit à la fête la plus libre et safe possible.
AAS : Avec des retombées économiques et culturelles indéniables, comment vois-tu le rôle du festival dans l’animation de Morlaix et de son centre-ville ?
JORAN LE CORRE : Panoramas a réussi en quelques années à placer Morlaix sur la carte des villes électroniques françaises. Ce n’est pas rien, compte tenu de sa taille modeste. C’est amusant de se dire que des gens ont entendu parlé de Morlaix grâce au festival. Au-delà de Panoramas qui est un événement phare dans l’année culturelle du Pays de Morlaix, je pense que notre présence au SEW souffle aussi un vent de culture régulier sur la Cité du Viaduc. Et tout le monde en profite un peu, des restos aux bars, des hôtels aux particuliers…
AAS : Réduire la capacité du festival pour limiter son impact écologique, c’est tout sauf un choix anodin. Moins de public, c’est aussi moins de billetterie. Comment vous conciliez conscience environnementale et viabilité économique ?
JORAN LE CORRE : Notre modèle économique (celui de Wart) ne dépend pas de Panoramas et c’est aussi pour cela que nous avons pu faire le grand saut vers la décroissance. Nous avons hâte que cette édition passe pour pouvoir faire un vrai premier bilan économique. Je pourrai vous dire dans quelques jours si c’est viable ou non.
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