Interview
du mois

FURIES

©Antoine Doyen

Depuis plus de dix ans, Furies trace sa route à contre-courant. Entre heavy metal, thrash et power metal, le groupe parisien s’est construit loin des raccourcis, en multipliant les remises en question sans jamais perdre son identité. Nous les avions découverts au MaMA Festival en 2024. L’an dernier, leur passage au festival Art Sonic avait été annulé en raison des conditions météorologiques. Reprogrammé cette année, le groupe se produira le 25 juillet prochain à Briouze. Avant de les retrouver sur scène, rencontre avec l’un des groupes les plus prometteurs de la scène metal française actuelle.

AAS : Sans parler de musique, comment présenteriez-vous Furies ?

FURIES : Furies c’est un groupe auquel ont contribué 15 personnes depuis 2013 au fil des différents changements de line up et guests. C’est un groupe qui est passé par des moments de chaos total mais aussi de joie intense. Une équipe à 4 puis 2 puis 5, des membres qui ont amené leurs qualités ainsi que leurs aspérités, égos, mauvais caractères et leurs dons. C’est du DIY total, énormément de temps et d’argent investis. Des grosses fêtes, des prises de têtes, des tempêtes sous des crânes, des cris des pleurs mais surtout des rires. Des régimes, du sport, du laisser-aller, de la reprise en mains et un humour douteux.

AAS : L’histoire de Furies est faite de rebondissements, de départs, de rencontres inattendues et de remises en question. Qu’est-ce qui fait aujourd’hui la force du groupe ?

FURIES : La résilience, on l’a prouvée en 13 ans — maintenant je dirais que notre force aujourd’hui, c’est ce line-up — c’est lui qui nous a fait signer chez Fireflash, qui nous a fait vivre les plus belles dates de notre carrière, et c’est lui qui va faire naître le deuxième album : on a vraiment hâte de vous le partager car ça fait tellement longtemps qu’on bosse dessus… Oui on est très lents mais c’est pour mieux vous servir, chers amis!

@Marco Delavaud

AAS : Vous revendiquez un heavy metal nourri d’influences multiples. Aujourd’hui, qu’est-ce qui vous distingue des autres groupes de la scène ?

FURIES : En effet on a, comme diraient certains « un peu le cul entre deux chaises » (voire 3 ou 4). Notre tronc commun est le Heavy Metal des 80’s sans nul doute. Mais on ne s’est jamais empêchés d’aller puiser dans les influences de chacun pour les compositions, que ce soit le thrash, le néo-classique, ou même parfois dans les musiques extrêmes. Et c’est peut-être cela qui fait de Furies un groupe un peu à part: nous ne faisons pas du « Heavy Traditionnel » comme certains groupes (qui le font magnifiquement bien d’ailleurs, comme Animalize ou Tentation pour les Français) car nos titres vont piocher aussi dans les 90’s et même le death contemporain et notre production est résolument moderne. Surtout, on est à peu près à l’opposé de ce qui cartonne en ce moment – le metalcore emo par exemple. On joue pour ceux qui ont grandi ou qui sont en train de grandir avec le Heavy.

AAS : Le Helfest est souvent présenté comme un cap dans la carrière d’un groupe. Qu’est-ce que votre passage en 2025 a changé ou confirmé pour Furies ?

FURIES : Je pense en vérité que ça a validé nos choix jusque là, en nous montrant que toutes nos remises en question valaient le coup. Tout se concrétise quand on entre sur scène devant un Altar blindé. On se met une pression énorme avant, j’en ai pleuré en sortant de scène. Le Hellfest c’est fantastique, tout groupe de metal en rêve. Mais ce n’est pas une finalité en soi, on l’a vu un peu plus comme un adoubement de la part des programmateurs et un tremplin pour la suite. Très vite, on s’est dit qu’il fallait qu’on finisse enfin ce deuxième album.

AAS : A Art Sonic, vous partager l’affiche avec des artistes de pop, rap ou de chanson. Les frontières entre les genres existent-elles encore selon vous 

FURIES : Bien sûr que les frontières entre les genres existent mais pour nous elles sont poreuses. Dans Furies, nous sommes peut-être des « metalleux » mais on n’écoute pas uniquement du metal sinon on tournerait en rond, même malgré ses milliers de styles existants. D’une part, on reste marqués par nos vécus respectifs, certains ont grandi avec un parcours classique, et d’autre part, nos vies sont traversées de satellites musicaux hip hop, country, indie, electro… Du coup parfois on inclut des surprises pop – un petit break dans « Stars of Burning Lands » ou carrément un titre en français « Cannibale ». Art Sonic, c’est exactement le genre d’endroits où on peut jouer pour des gens qui n’auraient jamais poussé la porte d’un festival Metal. On pourrait se dire que le public fera un grand-écart entre Ino Casablanca et nous par exemple mais qu’est-ce qu’il y aurait de mal à ça?

AAS : Le Heavy métal a longtemps évolué en marge des circuits institutionnels. Le soutien de la Sacem vous donne-t-il le sentiment que les lignes sont en train de bouger ?

FURIES : Oui en effet. La Sacem, mais aussi d’autres structures comme l’Adami (qui elle gère les droits d’interprètes), s’intéressent de plus en plus au genre et diversifient leurs soutiens aujourd’hui. Peut-être grâce à l’effet Gojira, ou bien à la taille que le Hellfest a pu prendre dans les médias, qui ont permis de sensibiliser ces structures. On en a bénéficié dès le premier album avec une aide à la promotion, et l’équipe de la Sacem nous a même suivis au Hellfest pour un mini documentaire sur les réseaux « 24h avec Furies » qui a fait plus d’1,6 millions de vues sur TikTok. Et puis de l’autre côté les groupes sont également plus au fait des droits qu’ils peuvent générer et toucher et ont aujourd’hui plus de facilités pour se renseigner.

AAS : Votre premier album Fortune’s Gates est sorti en 2020. Depuis, le groupe a évolué et un nouvel album est attendu prochainement.  A quoi doit-on s’attendre ?

FURIES : Ce nouvel album sera Furies 7 ans après Fortune’s Gate, avec le line up le plus soudé que l’on ait pu avoir jusqu’ici. Des titres dans la lignée de ce qu’était déjà notre mélange de Heavy avec des morceaux plus techniques et plus mélodiques. Chose nouvelle : les textes sont issus d’un travail collectif avec des thèmes qui nous tiennent à coeur et qui ont traversé avec nous ces dernières années – l’écologie et le cyber-harcèlement, pour n’en citer que deux. On a hâte d’en dévoiler plus d’ici la rentrée et de donner une date de sortie concrète qui se profile pour début 2027!

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