Interview
du mois

LÉONIE PERNET

©TITOUAN MASSE

LÉONIE PERNET – Album Poémes pulvérisés

Rencontre avec Léonie Pernet, autrice, compositrice et musicienne, quelques jours après son passage à l’Olympia (31 mars 2026). Figure singulière de la scène française, elle développe depuis plusieurs années un projet à la croisée de la musique, du texte et de la performance. Entre scène et écriture, l’artiste revient sur ce moment et sur ce qui traverse aujourd’hui sa musique.

AAS :  L’Olympia en trois mots ?

LÉONIE PERNET : Mémorable, épanouissant, testamentaire.

AAS : Qu’est-ce que ça représente ce moment que tu as vécu ?

LÉONIE PERNET : C’est une étape très importante parce qu’évidemment c’est une salle mythique, iconique. Donc c’est une reconnaissance. C’est la reconnaissance d’un parcours, d’un trajet, d’années de travail, de recherche. Mais aussi la reconnaissance du public parce qu’il y avait du monde dans cette salle, et donc c’est très émouvant et ça rend fier aussi. C’est un métier où on est souvent confronté au fait de ne pas l’être ou il y a beaucoup de comparaisons, beaucoup d’émotions parasites. Et là, ce sont des moments où on est juste content et heureux de ce qu’on a délivré.

LEONIE PERNET – OLYMPIA 2026 @Titouan Masse

AAS : Dans ce que tu proposes aujourd’hui, il y a quelque chose de très posé, presque une forme de sagesse. Est-ce que ça s’est construit avec le temps ?

LÉONIE PERNET : Oui, bien sûr, ça s’est construit avec le temps. J’ai toujours eu beaucoup d’envie, de désirs musicaux et d’inspirations diverses. J’ai essayé de garder cette ouverture, sans trop me resserrer, tout en précisant ma manière de faire.

AAS : Dans une interview il y a quelques années, tu disais vouloir réunir des influences et des instruments, comme un objectif artistique, presque une œuvre de vie. Aujourd’hui, où en es-tu avec ça ?

LÉONIE PERNET : C’est ce que je fais aujourd’hui. Un des poèmes lus à l’Olympia parle de “ramasser tous les fragments” : c’est exactement l’histoire de cet album, des fragments de vie intime. C’est aussi ce que j’essaie de faire dans mes concerts et dans ma musique. J’ai le sentiment d’y parvenir, sans que ce soit achevé. Je ne cherche pas à mélanger pour mélanger. Ce qui m’importe, c’est le sens que cela fait naître.

AAS : Aujourd’hui, quel est ton rapport à la scène ?

LÉONIE PERNET : En concert, je suis moins renfermée sur moi. J’assume davantage le fait de chanter, j’y prends du plaisir. Je ne me sens pas enfermée dans mon corps ni mal à l’aise, j’aime bouger, me mouvoir. Avec les musiciens qui m’accompagnent, je peux aussi me libérer sur certains passages, lâcher l’instrument ou la voix et simplement évoluer dans l’espace. Leur présence me donne une vraie liberté sur scène, je les salue d’ailleurs, Jean-Sylvain Legouic (basse, synthétiseurs) et Yovan Girard (violon, synthétiseurs). C’est aussi un rapport à soi et aux autres qui a évolué, devenu plus apaisé, moins violent qu’avant. L’amour est moins empêché par des émotions parasites. Donc oui, je me sens bien. C’est ça qui a changé.

LEONIE PERNET – OLYMPIA 2026 @Titouan Masse

AAS : Qu’est-ce que René Char, finalement, t’a permis de formuler que tu n’arrivais pas à dire jusqu’à aujourd’hui ?

LÉONIE PERNET : Un titre d’album, déjà, qui est ultime par rapport aux propos que je pressentais. C’est déjà beaucoup. Ça donne le ton pour soi pendant le processus de création et ça donne le ton aux autres aussi, au public, aux médias, c’est une clé de compréhension. Je ne sais pas s’il m’a aidée à formuler des choses. Il formule, il écrit, je m’incline et je marche. Je vis dans ses mots, c’est plutôt ça. Et lui comme d’autres poètes.

AAS :  Al Hamdoulilah Rabbi al-‘Âlamîn , extrait du premier verset de la Fatiha dans le Coran, ce sont les mots qui ouvrent ton dernier single, Contre terre. Qu’est-ce que ce morceau dit de toi aujourd’hui ?

LÉONIE PERNET : Ce morceau dit de moi, toujours la même chose. Je chemine depuis longtemps dans une recherche de spiritualité, de transcendance, qui est mouvante, qui n’est pas figée, qui s’hybride aussi avec la vie, avec un entourage qui n’est pas du tout, versé dans ce genre de questions. Et moi, si. C’est une prière assez universelle. Dans des moments de reconnaissance, de grande gratitude ou des moments où je suis désespérée, avec tout ce que l’on voit, ce que l’on sait, j’ai tendance à me référer à ce qu’il y a au-dessus de moi, et à prier intérieurement pour nous autres, pauvres créatures.

AAS : Est-ce que ce voyage au Niger a nourri un peu plus cette spiritualité ?

LÉONIE PERNET : Evidemment, c’est étonnant, moi qui me posais des questions, qui m’interrogeais, qui m’intéressais à certaines spiritualités. Là-bas, tout le monde est musulman. C’était presque drôle cet écho. Mais ce que ça renforce surtout, c’est la gratitude de vivre cette vie. Et cette expérience a été un tournant majeur.

AAS : Est-ce qu’il y a eu quelque chose que tu comprends peut-être seulement maintenant et que tu n’aurais peut-être pas pu comprendre plus tôt ?

LÉONIE PERNET : Ce que je n’aurais pas pu comprendre plus tôt, c’est que le temps allait être mon allié. Le temps qui passe est incompressible : on essaie de tout compresser aujourd’hui, mais ce n’est pas possible. Maintenant, je suis davantage en confiance avec le temps, même s’il peut m’effrayer, et j’essaie d’en faire un allié. Le temps long le prouve.

AAS : Le temps est un grand maître, c’est ce qu’on dit.

LÉONIE PERNET : Exactement

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