Il y a trois ans, l’album 24 marquait la fin du duo formé par Hélène de Thoury et Amandine Stioui. Aujourd’hui, Queendom le nouvel album sorti vendredi 21 mars signe un nouveau chapitre pour Minuit Machine, désormais porté en solo par Amandine. Un retour attendu, empreint de force et d’émancipation.
AAS : Peux-tu te présenter, pour celles et ceux qui ne te connaissent pas ?
MINUIT MACHINE : Je m’appelle Amandine, j’ai un projet solo qui s’appelle Minuit Machine qui existe depuis 2013. À l’origine, c’était un duo avec Hélène, qui a initié le projet, mais qui a dû le quitter pour des raisons de santé. J’ai décidé de le reprendre en solo, de me l’approprier et de créer une musique qui me ressemble à 100%.
AAS : Queendom marque une nouvelle ère pour Minuit Machine. Comment as-tu vécu cette évolution et qu’est-ce qui t’a poussé à reprendre ce projet plutôt que d’en créer un autre ?
MINUIT MACHINE : Pour tout te dire, la question s’est posée : arrêter la musique, commencer quelque chose de nouveau ou continuer avec Minuit Machine. J’étais profondément attachée à ce projet dans lequel Hélène et moi étions très investies. On a finalement décidé de garder le nom Minuit Machine, d’autant plus que le projet commençait à se faire connaître en France et à l’étranger. J’avais envie que ça continue, en gardant cet ADN mais en apportant une sorte de mutation. Avec cet album, il y a un petit tournant car les influences sont très différentes de celles d’Hélène, et j’ai également fait le choix de m’entourer de Raumm pour la production.
AAS : Dans cet album, tu explores des sonorités pop et une production plus épurée, ce qui change des précédents projets. Et justement, tu as travaillé avec Raumm, producteur connu pour son approche brute mais aussi pop. Comment cette collaboration a t-elle-enrichi la direction musicale l’album?
MINUIT MACHINE : J’ai toujours été attirée par la pop, avec des artistes comme Lady Gaga ou Billie Eilish, très mainstream. La pop rock m’a toujours inspirée. J’ai découvert l’univers underground avec Minuit Machine. Je n’avais jamais entendu de musique darkwave avant de rencontrer Hélène. Travailler avec un producteur comme Raumm, qui a lui aussi des influences pop, a joué un rôle naturel dans la genèse du projet, en réunissant tout ce qui a façonné mon parcours jusqu’à présent.
AAS : Le premier extrait Hold Me, est un hymne puissant qui défie les normes et célèbre la communauté queer. Comment cet engagement a-t-il marqué l’album et influencé ton processus créatif ?
MINUIT MACHINE : Ce morceau est une déclaration d’amour à la communauté qui m’a accueillie à mon arrivée à Paris. J’ai tissé autour de moi un cercle de confiance, principalement composé de personnes queer, et je gravite naturellement dans ces milieux, qui sont de véritables safe spaces. J’ai ressenti le besoin d’exprimer, à quel point il est essentiel d’avoir ces lieux quand on queer soi-même. Je viens d’une génération où faire son coming-out ou se revendiquer gay était loin d’être évident, et même si les choses évoluent, le chemin reste parfois difficile. C’est pourquoi il me semblait important que ma musique parle à cette communauté et rende hommage à tout ce vécu.

AAS : Et avec cet album, ton engagement s’est renforcé ?
MINUIT MACHINE : Absolument. Il y a toujours eu des petits clins d’œil, et je n’ai jamais caché le fait que j’étais queer, même si cela m’a pris du temps pour l’affirmer pleinement. Avec Minuit Machine, il faut reconnaitre que nous avons évolué dans des milieux qui n’étaient pas du tout queer, mais plutôt orientés vers la darkwave underground, majoritairement composée d’hommes cis. Je ne me sentais pas forcément assez à l’aise pour le revendiquer, même si je ne le cachais pas. Aujourd’hui, dans une ère où tout est remis en question, avec un tournant pas très positif, il me paraissait donc essentiel en tant qu’artiste de l’affirmer et de le rendre visible.
AAS : Tu chantes pour la première fois en français sur cet album, notamment avec le titre Cent fois, ainsi qu’avec Rebeka Warrior et Raumm. Était-ce pour élargir ton public ou pour une autre raison ?
MINUIT MACHINE : Minuit Machine reste un projet de niche, ancré dans la darkwave, même si nos influences se sont élargies au fil du temps. Chanter en français n’a pas été une décision calculée pour toucher plus de monde. J’étais en mode : « je vais essayer, voir ce que ça donne, et si ça me plaît, je garde, sinon tant pis, ce ne sera pas dans mon album ». En l’occurrence, j’ai essayé, et ça m’a plu. C’est venu de manière spontanée, ce qui ne m’était jamais arrivé auparavant. Si cela permet de toucher un public plus large, tant mieux, mais l’idée était avant tout de tester quelque chose de nouveau.
AAS : Comment s’est passée la collaboration avec Raumm ?
MINUIT MACHINE : Avec Raumm, on se connait grâce à Warrior. Nous avions déjà collaboré dans le passé et j’avais été séduite par son univers. Je connais sa musique et je le suis depuis un moment. Je trouve qu’il a un son unique et qu’il parvient à transmettre des émotions, même sur des beats techno assez agressifs. Ce côté brut associé à l’émotion me parle beaucoup. Quand j’étais au tout début de l’album, j’ai eu envie de le contacter pour voir ce que nous pouvions faire ensemble. Nous avons fait des essais qui ont immédiatement fonctionné. Ça s’est fait de manière naturelle, spontanée et rapide. C’est vraiment cool quand ça marche comme ça.
AAS : Manon Dupeyrat a façonné l’esthétique de Queendom. Comment s’est déroulée cette collaboration pour la création de l’identité visuelle ?
MINUIT MACHINE : C’est tout un process qui s’est mis en place et c’est effectivement Manon, directrice artistique de toute l’identité visuelle du projet, qui a tout imaginé. Je lui ai communiqué mes envies : je voulais rompre avec l’esthétique techno/EBM, qui ne me parlait plus et opérer un virage à 360° avec quelque chose qui marque la cassure avec l’ancien Minuit Machine. Ce travail m’a permis de me réapproprier le projet après des années de collaboration en duo. Il y a de nombreux clins d’œil à l’enfant et l’adolescente que j’ai été. Moi, dans ma chambre avec mon ordi, comme tout ado a pu le faire. C’est un peu comme si Manon était entrée dans mon intimité pour explorer différentes étapes de ma vie. Je l’ai perçu ainsi, comme une introspection, une immersion dans mon monde. C’est aussi pour cela que l’album s’appelle Queendom, pour le côté féministe évidement : prendre un terme très masculin et le féminiser. Et pour le côté « royaume », cela fait référence à mon monde. Cet album est très autocentré. Quand on fait de la musique, on a tendance à l’être. Et cet album est particulièrement personnel.

AAS : Et le bleu de la pochette ?
MINUIT MACHINE : On a testé plusieurs lumières et ce bleu rappelait un peu la darkness, -il n’est pas flashy ,mais plutôt sombre- tout en ouvrant vers quelque chose de nouveau. La pochette est à la fois sombre et lumineuse. L’album est plein de contradictions, il est ambivalent avec des chansons à la fois lourdes, aux paroles pas toujours joyeuses, mais toujours avec une petite note d’espoir. C’était important pour moi, surtout dans cette période sombre, de trouver une lueur d’espoir.
AAS : Tu es bien dans un projet solo mais sur scène tu es accompagnée de Audrey Henry ?
MINUIT MACHINE : Oui, nous sommes deux pour le moment car j’ai toujours le rêve d’avoir un girls band sur scène. Pour l’instant, nous sommes deux pour plusieurs raisons : pour garder la dynamique du duo que j’avais avec Hélène, afin de ne pas trop déstabiliser le public et pour enrichir le son de Minuit Machine. Audrey apporte une dimension live avec la basse que l’on n’utilise pas en studio sur Queendom. C’est un instrument qu’on rajoute en live. Ça apporte une dynamique différente et ça comble le côté rock, grunge qui manque dans l’électro. Je trouve que c’est super d’avoir cela sur scène.
AAS : Donc, en live le projet est différent ?
MINUIT MACHINE : Oui, ce n’est pas la même chose. De toute façon, les performances sont souvent différentes. Quand on est artiste, on a à cœur de proposer quelque chose de plus qu’une simple écoute d’album. Sur scène, il y a une dynamique propre et des sons créés spécialement pour le live.
AAS : Qu’est qu’on peut te souhaiter pour la suite ?
MINUIT MACHINE : Encore plus de live, et une tournée aux États-Unis, en Amérique du Sud en 2026 -c’est déjà en préparation-. L’essentiel est que Queendom soit entendu et apprécié, que chacun y trouve un écho et se sente concerné. La musique doit apaiser et susciter des émotions. Que Queendom continue de vivre dans le cœur de chacun.
AAS : Avant de nous quitter, aurais-tu un ou deux artistes à suivre à nous conseiller ?
MINUIT MACHINE : Marie Davidson, j’adore son nouvel album, je l’écoute en boucle. C’est l’une de mes artistes préférées du moment. Et sinon, je conseille Lila Ehja, la première partie du Badaboum le 20 mars 2025.