VERA DAISIES

VERA DAISIES – CLEVER GIRL

Conçu comme un voyage musical dans les 90’s, CLEVER GIRL, le tout premier EP de Vera Daisies, nous plonge dans un recueil de maux confidentiel et interdimensionnel.

Véritable retour vers le futur à l’imagerie fantasque, l’opus se construit comme la BO de notre adolescence. Celle où on s’essayait au skate, jeans trop large, chemise à carreaux et OK COMPUTER à fond dans un discman. Une nostalgie qui opère autant que la magie dans cette machine à contempler le temps qui passe.

Après un beau parcours au sein d’Ottis Cœur, Margaux Jaudinaud, artiste libre, musicienne, chanteuse et illustratrice, devient Vera Daisies. Un nom qui semble aussi bien évoquer une héroïne vintage de Scooby-doo qu’une sincérité forte et fragile, à l’image de sa musique.

Ici pas de surjeu dans la posture pour paraître faussement cool. Mi femme mi reptile sur la très réussie pochette de l’EP, Vera Daisies prouve qu’elle s’est forgée au fil des années sa propre armure d’écailles. Rampant sinueusement vers un avenir sans barrière, elle laisse derrière elle ses désillusions à travers 5 titres pop rock jubilatoires.

©Laurine Payet

Produits au côté de Géraldine Beaux (A.K.A Geagea), les morceaux reforment le puzzle d’un chemin traversé avec persévérance, sans mode d’emploi, jusqu’à l’apaisement.

En témoignent les ingénieux visuels qui accompagnent ses chansons. Vera Daisies reste impassible face aux zombies du passé et s’assume pleinement. Un décorum qui ancre des textes très personnels dans un monde où tout semble à reconstruire.

Avec Chess game, elle chante l’amour parfois trop cérébral comme une partie d’échec où personne ne gagne vraiment. Il y a quelque chose de pudique dans la voix, de rageur dans les arrangements qui surgissent comme des sentiments qui ne se contrôlent pas.

Un premier titre old school qui donne envie de poursuivre l’exploration de ce journal intime.

Plus frontales, les confessions suivantes s’écoutent comme des règlements de conte où les méchants finissent par mordre la poussière.

©Laurine Payet

Sur le très endiablé 666, Vera chasse les démons à grand coup de griffes de guitare, envoyant brûler en enfer un entourage toxique. Tout comme elle malmène les Power Rangers sur Take it slow. Un tempo ralenti qui lui permet de prendre du recul et de se protéger d’une industrie menaçant son propre équilibre.

Radicale lorsqu’il s’agit de ses détracteurs, elle se fait plus vulnérable face à l’amour.

Dans l’émouvant Missing something en feat avec Sloe Noon, l’artiste explore la confusion, la remise en question dans une relation. A trop donner, que gagne-t-on ? Une réalité complexe, parfois injuste.

Après les doutes, la colère et la culpabilité, l’artiste clôt son histoire avec une maturité émotionnelle rare.

©Laurine Payet

Can’t blame you… Un titre désarmant, cinématographique, qui m’a mis le cœur à vif. Une forme d’autodestruction douce, sans dramatisation. “Cause I’m not able to love”, un aveu honnête mais sans excuses. Une rupture puis le départ, sans regarder en arrière.

Alors quand cette dernière page se tourne, on reste là la poitrine serrée, l’esprit qui s’évade. Avec l’envie de sortir des sentiers battus et de poursuivre notre route, un bouquet de fleurs à la main.

Vera Daisies nous livre un EP intelligent, libéré et sensible qui s’effeuille comme une marguerite… Un peu, beaucoup, passionnément jusqu’à l’aimer inlassablement pour sa folie.

29.01.26 @laboulenoire, Paris

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