Interview
du mois

JEANNE BONJOUR

Interview réalisée le 12 janvier 2024.

Après un premier EP en 2021, 13 ans, plutôt introspectif et personnel, Jeanne Bonjour, labellisée Trans Musicales et révélation RIFFX de l’année 2023 sort son deuxième EP, Nouvelle Ère, qui préfigure un prochain album. L’artiste rennaise nous a raconté son quotidien créatif et livré ses impressions de jeune chanteuse dont l’ascension pourrait s’avérer assez rapide…

AAS : Ton premier projet était plutôt inscrit dans la chanson pop. Ce nouvel EP prend un virage vers des sonorités plus électro. Pourquoi ce choix ?

JEANNE BONJOUR : Ça reste toujours de la pop. C’est un projet qui a vraiment été pensé dans ce sens car le premier EP était beaucoup plus expérimental. Avec le second, il y avait la volonté d’avoir des refrains et des couplets. Et effectivement, il y a beaucoup de sonorités électro qui m’ont inspirée pour ce projet. L’EP questionne sur le fait d’aller vers l’autre, et dans les sonorités j’avais envie que tout soit « extraverti ». J’avais envie de synthés et de percussions impactants. Je dirais donc que c’est pop électro.

AAS : Tu sors cet EP le 19 janvier presque un an après ton concert à Cancale où je t’avais vue pour la première fois. Tu jouais déjà quelques titres sur scène. J’ai l’impression que ce projet est prêt depuis très longtemps ?

JEANNE BONJOUR : En fait, j’ai participé aux Inouïs de Bourges en avril 2022 et à ce moment-là, j’étais déjà dans la création de mon EP. Mais j’avais la volonté d’être entourée par des personnes et ne pas sortir ce projet dans le vide. Je voulais vraiment prendre le temps. La première résidence était en juillet 2022 et là nous sommes en janvier 2024. Il est donc prêt depuis très longtemps en effet. On s’entraînait déjà à jouer les premiers morceaux en live. La sortie a aussi beaucoup été décalée, car je sentais que ce n’était pas le bon moment. Et là c’est enfin le bon moment !

AAS : Parmi les titres que tu as dévoilés, il y a la chanson Silence . Tu écris : « trois quart d’heure sous la douche à vouloir faire partir tes traces sur moi ». Qu’évoque cette chanson pour toi ?

JEANNE BONJOUR : C’est ma chanson préférée de l’EP. C’est un morceau qui est resté près de moi longtemps. Ça parle d’agression sexuelle. Il y avait ce point de questionnement sur le rapport avec les autres : qu’est-ce que l’on donne aux autres ? Qu’est-ce que l’on prend des autres ? Silence est un peu le morceau des limites. Je répète aussi beaucoup cette phrase «  vous achetez mon silence … ». Cette chanson parle d’une agression et du sentiment de ne jamais oser dire « non » à cause d’une espèce de pression constante que l’on peut ressentir. J’étais un peu déroutée à ce moment-là. Il y a toute une évolution avec la prod, et ça se finit en électro alors que le début commence comme une chanson pour enfant. Je voulais une mélodie très douce, pour que ça mette mal à l’aise les gens quand ils l’écoutent. Je ne voulais pas parler d’une agression en tant que victime, mais en parler avec un peu de colère, comme une espèce de cri commun. Ce qui est un peu triste aujourd’hui, c’est que ça arrive à beaucoup de personnes. Quand j’ai commencé à en parler, je me suis rendu compte que je connaissais plus de personnes qui ont vécu une agression que de personnes qui n’en ont pas vécue.

AAS : Tu nous parles de la chanson À mes amours ?

JEANNE BONJOUR : C’est un morceau que j’ai écrit très jeune, au lycée. J’y suis très attachée. C’est une chanson d’amour. C’est un peu un hommage à ceux que j’aime de manière générale, pas qu’avec le sentiment amoureux. On a tendance à vouloir oublier après des ruptures. Et là il y a le fait d’accepter que ce soit beau, de ne pas oublier la personne. Il y avait l’idée de transition entre deux personnes.

AAS : C’est quoi une bonne chanson pour toi ?

JEANNE BONJOUR : Une bonne chanson, c’est quelque chose de très spontané, et pas quelque chose pour faire bien (rires). Pendant longtemps, il y avait ce truc de dire « Il faut vraiment faire un bon refrain, avec de bonnes paroles, que ce soit impactant… ». C’est un EP qui a beaucoup voyagé dans le milieu professionnel. J’ai attendu de le sortir car on l’envoyait à tout le monde. Ça faisait beaucoup d’allers-retours entre les oreilles des autres et le studio. Je trouve important de ne pas faire trop de concessions et de s’écouter. C’est ça une bonne chanson pour moi ! Mais c’est aussi ce qui est le plus dur à faire, car il faut trouver le juste équilibre.

AAS : La chanson qui t’a demandé le plus de travail ?

JEANNE BONJOUR : Au final dans cet EP, tous les morceaux ont été assez spontanés. Regret et De Passage sont les morceaux les plus produits. C’étaient des morceaux avec des versions beaucoup plus longues que l’on a dû raccourcir en studio. Mais après réflexion, je pense que c’est Regret finalement. De base, le refrain que l’on entend « De toute façon y’a qu’ça qui m’sauve … »  c’était une intro, genre quatre phrases. C’est Corsone, un réalisateur son qui est venu en studio, qui nous a dit que notre refrain était trop long. C’était notre premier single, on a essayé de faire les choses bien. C’est aussi un morceau que j’aime beaucoup.

AAS : Les 4 premiers titres ont été accompagnés de 4 clips… Je sens l’importance de mettre en image tes chansons. Quand tu écris un morceau, tu imagines le clip qui va avec ?

JEANNE BONJOUR : Il y en a un cinquième qui arrive (rires) ! Je n’ai pas les images directement pour les clips. Souvent, je les compose et après je les réécoute dans les transports en commun, et là j’ai directement les images qui viennent. Après ça évolue, je rencontre mes réalisateurs. Parfois, ça reste fidèle et parfois pas du tout.

AAS : Pour la réalisation de tes clips, tu fais souvent appel au public sur les réseaux. Peux-tu nous expliquer comment se passe le casting, qui postule ?

JEANNE BONJOUR : Je mets juste une annonce sur les réseaux et c’est qui “veut vient” pour le casting ! Parfois il y a beaucoup de gens qui demandent alors que l’on n’en a pas besoin d’autant. Parfois ce sont des gens qui ont déjà fait ça et parfois non. Le plus important, c’est que ça leur fasse plaisir. Pour cet EP, c’étaient des gens de mon âge. Ça dépend vraiment des clips. Parfois c’est un peu plus pointu. Pour Creep , il fallait quelqu’un qui soit mon crush et on a donc sélectionné avec attention car ce sont des gens que l’on allait avoir tout le long. Parfois il y a des critères, d’autres fois il y a des symboliques. J’aime bien aussi faire apparaître mes amis et mes musiciens parfois.

AAS : Jeanne Bonjour fait tout de A à Z et elle est entourée de son binôme Salomé. La bonne nouvelle c’est que tu viens de signer chez le Label un Plan Simple pour l’édition et Furax pour le tourneur, ça va un peu vous alléger ?

JEANNE BONJOUR : Nous sommes super contentes. Ça va nous alléger certes mais ça reste des leviers. On va continuer à travailler avec la même énergie. On ne veut pas baisser le rythme, c’est hyper important !

AAS : Il y a une forte complicité avec ton équipe, j’ai pu le constater à travers les différents vlogs que tu diffuses sur ta chaine Youtube.  On sent ce besoin de faire partager ton quotidien au-delà de ta musique. Pourquoi ?

JEANNE BONJOUR : L’idée c’est de faire voir aux gens comment se passe la vie d’artistes indépendants, en émergence. Souvent ceux qui font des vlogs sont des gens très connus qui ont une grande équipe, tout est un peu simple, ou compliqué, mais ce n’est pas du tout la même réalité. Dans un des vlogs par exemple, je me suis préparée dans une voiture juste avant de monter sur scène car nous n’avions pas de loge. C’est cet aspect là que nous voulions montrer mais c’est aussi cool d’avoir des souvenirs. Nous avons mis en pause les vlogs pour le moment car c’était énormément de travail.

AAS : Tu as fait partie de la promo des INOUIS 2022 aux côtés de ZAHO DE SAGAZAN, OETE, YOA, ESSA YASUKE, et SAINT-GRAAL entre autres que nous suivons également depuis leurs débuts. As-tu gardé des connexions avec certains de ces artistes ? Envisagez-vous des collaborations ?

JEANNE BONJOUR : Nous sommes toujours tous en contact. Il y avait beaucoup de bienveillance dans cette promo, nous étions très soudés. Les Inouïs n’ont duré qu’une semaine mais on a eu l’impression d’avoir fait une colonie d’un mois, c’était plutôt rigolo. Nous n’avons pas de projets de collaboration mais ça pourrait se programmer. J’avais envie de me concentrer sur mon projet mais on suit tous l’actualité de chacun.

AAS : Tu as fait du cinéma. Songes-tu à en refaire ? Si oui, pour quel genre de film et avec qui aimerais-tu tourner ?

JEANNE BONJOUR : Je passe encore des castings dans l’ombre. Ce n’est pas très concret, car la musique prend beaucoup plus de place. Pour le moment, je n’ai pas de volonté de film, ou de choix précis. C’est tout nouveau, ce n’est pas comme la musique où j’ai pu me professionnaliser. Il y a forcément des choix de films vers lesquels j’aimerais m’orienter. Je suis ouverte à tout. Toute expérience est bonne à prendre, et il faut surtout se former, comme avec les concerts. Quand tu commences les concerts, tu ne dis pas « moi j’aimerais faire le Trianon, la Cigale » (rires). Il y a aussi des choses que l’on ne peut pas accepter car ça peut desservir le projet. Au début, on me proposait pas mal de pubs mais je ne les acceptais pas, car je ne voulais pas me retrouver à faire de la publicité pour une marque alors que je fais de la musique à côté. Il y avait des choses qui ne matchaient pas trop. Mais s’il y a un propos artistique et que c’est une belle rencontre alors c’est parti !

AAS: Tu habites toujours à Rennes. Tu es attachée à la Bretagne ou songes-tu rejoindre Paris avec l’évolution de ta carrière ?

JEANNE BONJOUR : Avant, je voulais partir vivre à Paris mais maintenant plus du tout. J’adore être à Rennes, c’est plus rassurant. Il y a ma famille, mes amis et la mer pas trop loin. Tout est un peu mieux, même pour la musique sauf que je vais plus souvent à Paris. J’ai fait le choix d’un abonnement de train et je préfère faire des allers-retours. J’ai trouvé cet équilibre avec ce mode de vie et puis les conditions de vie ne m’attirent pas trop à Paris. J’ai mon confort à Rennes, et j’avoue aussi que j’ai un mode de vie un peu de mamie (rires) ! Mes soirées préférées c’est de regarder un film avec mes amis, un plaid et un chocolat chaud.

Clip réalisé par Sacha Arethura / Enregistré au Miracle Studio

AAS : Si tu es déjà en mode mamie à 22 ans, j’aimerais savoir comment tu te vois à 30 ans (rires) ?

JEANNE BONJOUR : Étant donné que je donne beaucoup dans la musique et que ça ne me dérange pas de bouger, quand je rentre chez moi, mon temps libre est très calme et ça me fait du bien. A 30 ans, j’aimerais que ma musique marche, que je puisse tourner, et que ma vie perso ne change pas. Je suis très heureuse et j’aime ce que j’ai construit aujourd’hui. J’ai mis du temps à trouver les bonnes personnes pour m’entourer. J’espère que ma vie ne changera pas de trop mais qu’elle sera améliorée.

AAS : Tu as annoncé deux dates en février Rennes et le Pop-up. Comment les prépares-tu ?

JEANNE BONJOUR : Je mise beaucoup sur ces dates. C’est une release party d’un EP que je prépare depuis deux ans, et j’ai vraiment envie de fêter ça. Je travaille avec mon frère qui nous aide à la scénographie, pour faire des choses rigolotes. Je pense que ça va être très sympa car je prépare plein de surprises, ça va être trop cool !

AAS : J’ai l’impression que tu travailles beaucoup en famille et avec tes ami.e.s proches ?

JEANNE BONJOUR : Oui, effectivement. J’aime m’entourer de gens que j’aime et que j’estime talentueux. Je suis la petite dernière d’une famille recomposée de 7 enfants. En effet pour l’EP, il y a un de mes frères qui est avec moi sur scène. Mon autre frère comme je te disais va aider à la scénographie à Rennes et à Paris. Mon père va donner un coup de main car il est architecte. Ce sont des regards extérieurs mais on ne va pas faire un gros truc. J’ai ma maman qui est accordéoniste et qui va intervenir sur les concerts. Mon autre sœur a fait la pochette car elle est graphiste. Une autre sœur a fait les cordons de téléphone pour le merchandising. Le frère de Salomé fait aussi beaucoup de clips avec nous. Nous sommes une grande bande de copains assez proches et parmi eux beaucoup sont soit dans les clips, devant ou derrière la caméra. Nous avons aussi pas mal de potes qui ont fait du théâtre avec moi et que j’aime bien mettre dans les clips. Ça fait donc une grande famille en effet ! Et Salomé, que je connais depuis l’âge de 13 ans, est ma manageuse aujourd’hui. C’est vraiment un microcosme du bonheur !

AAS : Où en es-tu dans tes prochains projets ?  

JEANNE BONJOUR : Je travaille avec grande joie sur mon premier album. En attendant on va essayer de faire vivre cet EP à fond, de profiter de cette collaboration avec Un Plan Simple * pour qu’il vive. J’ai aussi plein de belles choses qui arrivent : des Lives sessions, des concerts, des featuring. Je serai aussi à l’Hyper Week-end Festival à la Maison de la Radio prochainement où je serais ambassadrice de RIFFX. Je vais à la fois interviewer les nouveaux talents et jouer.

AAS : 1 ou 2 artistes à suivre ?

JEANNE BONJOUR : LE CLUSTER ENSEMBLE, ils sont 16, c’est incroyable ! Ils font souvent des live sessions sous forme de gros repas. Il y a une énorme tablée où ils jouent de la guitare et ils chantent. Ils ont sorti leur premier album en novembre. C’est un mélange à la fois de chansons brésiliennes, françaises et de rap. Ce ne sont que des jeunes. J’adore ce qu’ils font et ça mériterait d’être tellement plus écouté. Ça me rappelle mon enfance et les impros que nous faisions avec ma mère. Sinon il y a aussi NINA BATTISTI. C’est une artiste qui débute et qui a déjà sorti deux singles, c’est à découvrir !

En concert à Paris le 1er février au Pop Up!  Rennes le 9 février au Club de L’Antipode.

Merci Jeanne ! On se retrouve très vite pour la suite !

*Un Plan Simple : Un Plan Simple est un label indépendant. La vocation du label est à l’image du parcours des fondateurs: découvrir les artistes et les projets les plus excitants de demain et leur donner les moyens d’être exposés/reconnus par le plus grand nombre.

Merci à @Lili @Sarah @Stephanie / Team Artisteasuivre

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