Interview
du mois

VIO

Chez Vio, les chansons commencent à la guitare et racontent autant l’intime que les contradictions de son époque. Accompagnée par le dispositif File7, elle affirme une pop douce-amère et incisive. Rencontre avec l’autrice-compositrice-interprète à l’occasion de la sortie de son nouveau clip Haime.

AAS : Tu fais de la musique depuis l’enfance. Entre pratiquer la musique et décider d’y consacrer sa vie, il y a un cap, comment l’as-tu franchi ?

VIO : J’avoue que j’ai toujours su que je voulais faire ça de ma vie. En fait la question de faire autre chose ne s’est jamais posé !  Très tôt les chansons que je composais je les chantais à ma famille, je savais que c’était ça mon élément.

AAS : Avant d’écrire en français, tu chantais en anglais. Comment le français s’est-il imposé ?

VIO : J’ai commencé à écrire des chansons en français, enfant, car c’était un moyen pour moi de m’exprimer et de faire passer des messages à ma famille. Puis, dès l’adolescence, l’anglais est devenu la facilité. Ça me permettait de déclarer ma flamme à un mec de la classe, par exemple, sans que ce soit trop frontal. J’avais aussi comme modèle Taylor Swift, donc je faisais comme elle ! Mais je suis revenue au français assez naturellement. Je me suis rendu compte qu’en musique française, j’écoutais principalement du rap, et que mes textes pouvaient aborder plein de sujets différents. J’ai réalisé qu’avec le français, on pouvait être plus direct et plus impactant. C’est le rap qui m’a montré cette liberté avec la langue française.

AAS : Ton parcours est marqué par plusieurs collaborations. Qu’est-ce que tu retiens de ces différentes rencontres ?

VIO : J’ai appris assez vite à écrire et composer avec d’autres, et c’est une étape qui peut être super salvatrice dans la création. Comme avec Barbara Pravi et Sandra Nicolle, avec qui j’ai collaboré sur certains de mes premiers morceaux. La rencontre artistique, je la chéris énormément. Mais c’est aussi un exercice périlleux : j’ai commencé tôt, femme dans un milieu très masculin, donc toutes les rencontres n’ont pas été bénéfiques… Aujourd’hui, je dirais que je m’entoure de personnes de confiance, et la création en devient d’autant plus belle !

AAS : Tu as sorti ton single Haime en juin dernier, un morceau très intime. On vient de découvrir le clip. L’amour et le rejet sont très liés dans ce morceau. Qu’est-ce que Haime raconte de toi ?

VIO : J’ai eu cette relation où l’intimité avec ce garçon était tellement forte que quand il se détestait lui-même, il me détestait moi. J’ai eu besoin d’écrire cette chanson pour me réapproprier ce sentiment ambivalent, il fallait que je l’exprime pour le faire exister. J’ai mis énormément de temps à l’écrire, et c’est peut-être justement ce temps-là qui a fait ressortir l’essence de ce qui n’allait pas : le paradoxe de ce sentiment. Écrire, pour moi, c’est clarifier les choses. Grâce à “Haime”, j’ai pu exister autrement, avec mes mots. Écrire cette chanson, ça a été reprendre le dessus alors que je m’étais sentie impuissante !

AAS : Cette année, tu as intégré File 7, un dispositif qui accompagne des musiciennes à travers des temps d’échange, des ateliers et un programme de mentorat. Tu es mentorée par l’artiste Brö. Qu’est-ce que cette expérience t’apporte dans ton parcours d’artiste ?

VIO : Je suis hyper contente d’être mentorée par Brö, une artiste que j’admire beaucoup ! Elle a monté son label, elle a son propre projet, mais écrit aussi pour d’autres, donc j’apprends énormément sur l’indépendance à ses côtés. Le dispositif est aussi en mixité choisie, donc l’ambiance est super bienveillante et je fais de belles rencontres. On est toutes avec les mêmes objectifs et la même énergie, ça permet de se sentir moins seule

AAS : Tu fais partie de ces nombreuses artistes encore indépendantes. Cette indépendance, tu la vis comme une liberté ou comme une contrainte ?

VIO : C’est une situation très paradoxale, car c’est à la fois un gage de liberté, mais en même temps, sans argent, on en a forcément moins. Donc aujourd’hui, je dirais que j’arrive à un moment où ça me ralentit plus qu’autre chose. Après, je pense que c’est super important de passer par là, d’apprendre à tout faire pour avoir une vision globale du métier. Mais ça a clairement ses limites : tout ce qu’il y a autour d’un projet empiète rapidement sur l’artistique, la création…

AAS : C’est quoi les prochaines étapes ?

VIO : Que des choses assez excitantes ! Je viens de sortir le clip de “Haime”, qui sera suivi de la sortie de l’EP le 21 novembre, avec une grosse release party le 18 décembre au Bus Palladium ! Je suis aussi en train d’écrire la suite et je structure le projet au maximum, donc je n’ai pas le temps de m’ennuyer !

En concert le 18/12 au Bus Palladium

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