Interview
du mois

MATHILDE

MATHILDE

Chanteuse, autrice et compositrice, Mathilde s’est imposée comme une figure singulière de la chanson française. Féministe engagée, elle porte à travers ses chansons et ses prises de parole des combats qui traversent notre époque.

À l’occasion de sa venue au LEZART FESTIVAL samedi 22 août nous avons échangé avec l’artiste.

AAS : Tu es actuellement en Écosse pour écrire ton prochain album. Est-ce que le fait de partir ailleurs change ta manière d’écrire ou de ressentir les choses ?

MATHILDE : C’est important pour moi de changer de décor, loin des sollicitations du quotidien! Mais surtout de partir avec Josh (mon binôme de création) dans un pays anglophone, de manière à ce que la langue française ne soit plus, à ce moment là, que dédiée qu’à l’écriture, et qu’elle devienne un élément de ma créativité qui n’est alors mobilisé que pour celle-ci. Comme un instrument à part entière. J’ai aussi besoin de beaucoup, BEAUCOUP de quiétude pour travailler, et travailler bien. Les montagnes écossaises, c’est surtout ça : la quiétude assurée ! Des lacs, du vert, des moutons, l’anonymat complet… bref, le cadre le plus propice pour moi à la concentration et l’inspiration.

AAS : On a découvert ton live à Saint-Brieuc, et ce qui nous a frappés, c’est cette façon de faire cohabiter quelque chose de très puissant et de beaucoup plus sensible dans un même morceau. Est-ce que c’est un équilibre que tu recherches quand tu écris ?

MATHILDE : C’est un équilibre que je ressens très naturellement en moi, comme l’univers où nous habitons toustes et dans lequel cohabitent la puissance du soleil en fusion et la fragilité d’un papillon sur notre planète. Je pense que les êtres humain·e·s sont tout aussi riche que ça, que moi, que le cosmos, riches et infiniment complexes. Quand j’écris puis quand je chante, c’est ça que j’essaie d’incarner, cette richesse de la réalité humaine, comme pour dire à qui m’écoute qu’iels peuvent se l’autoriser, l’accueillir, et même : la chérir.

AAS : Dans tes chansons, il y a souvent quelque chose de très frontal, mais jamais figé. Quand tu écris, quest-ce qui arrive en premier : la colère, l’émotion ou le besoin de mettre des mots sur quelque chose ?

MATHILDE : J’écris quand je n’arrive pas à faire sens. De mes émotions, de la vie, des choses que je vois et qui me bouleversent. Je suis neurodivergente et très émotive, et je suis ainsi souvent surchargée par ce que je vois et ressens. Écrire, et écrire sans détour, c’est une manière pour moi de redescendre en pression, et de faire sens de tout. C’est ma manière de comprendre et de lire le monde qui m’entoure, franchement, honnêtement, courageusement.

AAS : Tes concerts donnent parfois l’impression que les gens viennent y chercher autre chose qu’un simple live. Est-ce que tu ressens aussi cette dimension-là sur scène ?

MATHILDE : Je ressens énormément de communion avec mon public, l’impression que quelque chose de plus grand que moi, que nous, et que le moment lui-même, se passe. J’ai aussi l’impression d’une grande boum féministe et humaine, et qu’on vient évidemment passer un moment de musique, mais aussi de réparation. On se rend justice ensemble, on assoit notre légitimité à dire, chanter, hurler nos vies, et quelque part, c’est comme si on se disait “on se sait”, “je te vois”, “on existe”, par la musique. C’est vraiment très fort, et je mesure cette chance à chaque concert.

AAS : Tu es très présente sur les réseaux sociaux, Qu’est-ce qu’ils t’apportent en tant qu’artiste aujourd’hui ?

MATHILDE : J’ai un contact direct avec mon public, qui peut donc compter sur ma liberté de ton et avoir en face de lui une Mathilde 100% pur jus 100% naturelle. Pour moi c’est une sorte d’alternative écolo à l’industrie musicale qui elle met 1000 barrières entre leurs artistes poulains et le public : sur mes réseaux, hors de question ! Ici, c’est circuit court ! De plus, comme j’ai une grande goule qui “dit les termes” comme disent les plus jeunes, j’ai pas beaucoup de relai de ma musique ou de ma parole dans les médias traditionnels, presse, radio, télé…. Les réseaux et ma présence quotidienne sur ceux-ci, c’est donc aussi la source de quasiment 100% de mes streams, ventes de disques, et vente en billetterie. Comme quoi, les réseaux, c’est vraiment comme un marteau, et ce qu’on en fait avec ! Détruire comme les rageux et autres trolls, ou bien, comme ma commu et moi le faisons : construire ! Et avec, je me construis, grâce à moi, l’équipe qui m’épaule, et au public qui me suit, une très belle carrière, dont je suis très fière, et qui me satisfait pleinement.

AAS : Tu seras présente au Lézart Festival cet été. Dans une période où beaucoup d’événements culturels se ressemblent de plus en plus, qu’est-ce que des festivals plus indépendants et engagés permettent encore selon toi ?

MATHILDE : LIBRES d’être soi, pleinement, dans toute notre diversité ! Je suis désemparée de voir l’appauvrissement global des programmations de salles et festivals en termes de variété de style, d’univers, de sensibilités. On retrouve les mêmes gros artistes partout, tout le temps, et quasi aucune place n’est laissée pour faire exister, dans toute leur égale légitimité, les artistes du circuit indépendant — surtout quand l’artiste a choisi cette indépendance pour ellui-même. De la même manière qu’être célibataire n’est pas de facto “ne pas être encore en couple”, être artiste indé n’est pas de facto “pas encore signé dans une major ou auprès d’un gros tourneur”. En tant qu’artiste, mais aussi en tant qu’événement culturel, on peut CHOISIR l’indépendance, malgré les difficultés logistiques et financières qu’elle représente de par sa situation hors des sentiers battus. Mais ce choix ne fait pas de nous des rebuts du système ! NON ! Ce choix fait plutôt de nous des résistants au système. Et à choisir, et ce malgré les difficultés, oui : je préfère vivre là, dans ce maquis des arts, où fleurissent les singulier·e·s, les affranchi·e·s et tous les autres indomptables.

LEZART FESTIVAL : INFOS ET BILLETTERIE

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