BAOZI – LIMINAL ECHO
Elle est aussi douce que pétillante et vient d’être ajoutée à ma playlist… c’est Baozi ! Cette productrice et autrice-compositrice française de 24 ans nous plonge dans un univers pop électronique qui fait vibrer.
AAS : En quelques mots, comment te présenterais-tu ainsi que ton projet à quelqu’un qui ne te connaît pas du tout ?
BAOZI : De la pop électro dansante et solaire, mais avec des thèmes mélancoliques. En gros, tu danses, mais t’as quand même un petit pincement au cœur.
AAS : Un Baozi est une brioche fourrée chinoise. Tu es originaire de Hong Kong, pourquoi avoir choisi ce nom de scène ?
BAOZI : C’est un peu compliqué ! Je suis originaire de Chine continentale mais j’ai grandi à Hong Kong, donc j’ai toujours été un peu entre deux. J’ai choisi baozi pour deux raisons : d’abord pour évoquer mon enfance et ma culture chinoise, et ensuite pour le potentiel graphique de la brioche, qui m’a permis de créer mon logo et ma mascotte.
AAS : Tu es une artiste franco-chinoise. Quelle place occupe cette double culture dans ton projet ?
BAOZI : Comme beaucoup de personnes issues de plusieurs origines, je me suis souvent sentie ni assez française, ni assez chinoise. Mais plutôt que de le vivre comme un désavantage, j’en ai fait une force, dans mes valeurs comme dans mes influences musicales. Ça se traduit par des clins d’œil dans le choix des instruments, comme l’erhu dans Red Pockets ou le guzheng dans Growing Pains, mais aussi dans les mélodies et les toplines.

AAS : Tu as sorti deux EP, Overstepped en 2025 et liminal echo en septembre 2026, tous deux introspectifs et personnels. Leur écriture t’a-t-elle permis de te redécouvrir ?
BAOZI : Complètement. Ils m’ont permis de digérer plein de choses que je gardais en moi depuis toujours. Le premier, Overstepped, est plein de colère et de frustration. Le second, liminal echo, est beaucoup plus contemplatif : il m’a aidée à traverser une douleur plus mélancolique, dans mon rapport aux autres et à moi-même. Surtout, ces projets m’ont permis d’accepter que la musique prenne plus de place dans ma vie. Avant, je n’osais pas, par peur. Aujourd’hui, je me sens enfin à ma place.
AAS : Tu racontes des histoires très personnelles, mais les doutes sur l’avenir et le besoin d’indépendance dépassent ton propre parcours. Qu’est-ce qui te semble le plus difficile aujourd’hui dans le fait de devenir adulte pour ta génération ?
BAOZI : Malheureusement, c’est très politique. Devenir “adulte” comme avant, c’est-à-dire être propriétaire, fonder une famille, avoir des enfants, c’est devenu compliqué. Avec l’éco-anxiété et toutes les incertitudes, on a du mal à se projeter. Paradoxalement, pour moi, devenir adulte aujourd’hui, c’est surtout retrouver l’enfant en soi et l’accepter.
AAS : Dans liminal echo, tu associes des textures qui évoquent ton enfance à des rythmes house et techno. Pour toi, que devient la nostalgie quand elle se danse ?
BAOZI : La nostalgie, c’est un sentiment qui traverse tout le corps : l’émotion est forte, et les souvenirs aussi. Quand elle se danse, elle prend le contrôle de notre corps et devient libératrice, au lieu d’être une cage qui nous bloque dans le passé.
AAS : En tant qu’autrice-compositrice et productrice, quelle place te fait-on dans l’industrie musicale ? As-tu le sentiment que la reconnaissance des femmes progresse dans les métiers que tu exerces ?
BAOZI : J’ai la chance d’évoluer dans un contexte où je peux faire ça sans trop qu’on me remette en question. Il y a un peu plus de place pour les femmes qu’avant, mais il reste énormément de chemin. Quand on est une femme, dans n’importe quel domaine, on se sent trop facilement illégitime : beaucoup de syndrome de l’imposteur, de manque de confiance, et ça impacte notre façon de travailler. Aujourd’hui, je suis entourée d’autres artistes femmes et de minorités de genre avec qui on a créé une safe place pour discuter, et ça fait un vrai système de soutien. Il y a aussi plus d’opportunités : des collectifs, des tremplins, des concerts qui mettent les femmes en avant. C’est bon signe.


